De l'amitié dans la Religion Naturelle
"La parfaite amitié est celle des hommes bons
et semblables en vertu. Chacun veut du bien à l'autre pour ce qu'il est,
pour sa bonté essentielle. Ce sont les amis par excellence, eux que ne
rapprochent pas des circonstances accidentelles, mais leur nature profonde.
Leur amitié dure tout le temps qu'ils restent vertueux, et le propre
de la vertu en général est d'être durable. Ajoutons que
chacun d'eux est bon dans l'absolu et relativement à son ami, bon dans
l'absolu et utile à son ami, bon dans l'absolu et agréable à
son ami. Chacun a du plaisir à se voir soi-même agir, comme à
contempler l'autre, puisque l'autre est identique, ou du moins semblable à
soi.
Leur attachement ne peut manquer d'être durable : il réunit, en
effet, toutes les conditions de l'amitié. Toute amitié a pour
fin le bien ou le plaisir, envisagés soit absolument, soit relativement
à la personne aimée, et supposant alors une ressemblance avec
elle, une similitude de nature, une parenté essentielle. De surcroît,
ce qui est bon absolument est aussi agréable. L'amitié atteint
au plus haut degré d'excellence et de perfection chez les vertueux.
Mais elle est fort rare: les personnes qui en sont capables sont fort peu nombreuses.
D'autant qu'elle demande du temps et des habitudes communes."
ARISTOTE, Éthique à Nicomaque
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Contrairement à beaucoup de personnes, nous pensons que l'isolement n'est pas une obligation pour le chercheur spirituel. Et que ce n'est pas forcément la nature humaine qui fait que les "maîtres" de tout poil ont tendance à fonctionner comme une mafia se répartissant le gâteau de l'enseignement du petit peuple, et que leurs disciples les croient. Selon nous, il s'agit d'un certain biais acquis par l'éducation, qui ne demande qu'à être corrigé.
Aucun gourou n'a évidemment intérêt à révéler que ce qui est impossible pour un individu (se passer d'un maître) est possible pour un groupe.
Est-il possible de réaliser seul si l'on n'est pas un Avatar ?
Tous les maîtres sérieux vous diront que c'est impossible, et que vous avez besoin d'eux. Ils ont raison, car pour savoir ce qui vous conviendrait vraiment (à supposer que votre objectif soit d'atteindre une réalisation authentique et non un ersatz new-age ou pseudo-advaitiste), il vous faudrait soit connaître toutes les voies, soit être réalisé de naissance. Or un individu ordinaire n'a ni le temps ni le pouvoir de réinventer toutes les voies spirituelles. De ce point de vue, nos recherches nous ont montré que même les individus doués ont d'énormes lacunes, du fait du manque de "culture" dû au manque de temps, et que beaucoup des questions qu'ils se posent ou des obstacles qu'ils rencontrent sont dûs à l'ignorance d'enseignements très simples, présents dans telle ou telle tradition. Même Sri Aurobindo et Douce Mère, individus supérieurement doués s'il en est, ont été en un sens victimes de ne pas avoir une connaissance extensive des traditions. Que dire des autres ?...
Donc, les maîtres ont raison... tant qu'ils s'adressent à des individus isolés. Mais dans le cas d'un groupe, cela peut changer, à condition qu'il ne s'agisse pas d'un goupe ordinaire.
En effet, dans tous les groupes avec maître (nous parlons de l'époque actuelle et non des 25 disciples de Gourou Rinpoche), toutes les énergies sont polarisées vers lui, et il finit par n'y avoir plus qu'une seule voie possible, la sienne, ou plus exactement celle définie par l'image que ses disciples forment de ses enseignements. A la fondation du groupe, la force de sa personnalité magnétise les premiers disciples qui vont se calquer sur l'idée qu'ils ont de lui, ce qui va rapidement créer un égrégore, par lequel tous les nouveaux venus seront automatiquement phagocytés (à moins de se positionner en contre, et de se faire éjecter du groupe).
L'égrégore ne sera pas à l'image du maître, mais à celle des disciples non réalisés qui auront créé une sorte de fausse forme du maître et de ses enseignements, et le nombre augmentant, c'est la seule chose qui sera finalement accessible aux nouveaux venus, car même si le maître n'est pas enfermé par l'égrégore, il faut commencer par se défaire de ce dernier pour "apercevoir" le maître. C'est ainsi que lorsqu'on arrive dans un groupe spirituel, on se trouve immédiatement assailli par quantité de formations mentales qui sont la création des disciples - et non celles du maître, qui par définition n'en a pas.
Possibilités d'un groupe d'individus différenciés
- Et quelle doit être cette collectivité
?
Sans aller jusqu'à la communauté gnostique telle que définie
par Sri Aurobindo, nous avons trouvé que s'il pouvait exister un groupe
d'individualités différenciées en communication réelle
les unes avec les autres, cela pourrait remplacer le maître et autoriser
une véritable progression pour tous ses membres. En effet, il n'est pas
possible à une seule personne de tout faire. Mais il est possible à
plusieurs personnes très différentes, de faire beaucoup de choses
- plus elles sont différentes, mieux c'est. A une seule condition : c'est
que les gens s'intéressent les uns aux autres, ce qui crée un
lien télépathique plus ou moins conscient ou insconscient, et
permet de bénéficier dans une certaine mesure de l'expérience,
voire de la réalisation, des autres, par partage de la substance des
âmes.
Dans un tel groupe, il y aurait donc à la base une "obligation d'intérêt mutuel", chacun devrait s'intéresser à ce qui font les autres (donner son avis, commenter, voire critiquer de manière constructive). Ce qui veut dire dans l'autre sens, il y aurait forcément une obligation de participation, chacun à son niveau, ceci afin de fournir aux autres des objets d'inspiration. N'importe qui est capable de faire quelque chose de personnel, nous ne voulons pas croire qu'une personne normalement constituée ne soit absolument capable de rien.
Le but de la Religion Naturelle étant que chacun crée sa propre voie, le fait de connaître (d'être ami avec) un certain nombre de gens pratiquant de nombreuses activités ("spirituelles" ou non au sens étroit, mais toutes orientés vers le développement de l'âme) permet à tout nouveau membre de trouver des sujets d'inspiration, non pas dans un esprit de compétition, mais de saine émulation. En premier lieu, il voit que c'est possible et qu'il n'est pas nécessaire d'être un surhomme, en second lieu, le fait de voir des choses nouvelles lui donne des idées.
Il va de soi que chacun devrait à la fois s'inspirer des recherches des autres et développer ses propres domaines de recherche personnels.
Comment créer un groupe d'individus différenciés
Un groupe n'est pas contraint de se polariser si l'intention de base est différente de ce qu'elle est habituellement, c'est-à-dire si la personnalité fondatrice refuse d'être clonée. Au lieu d'utiliser son énergie à créer des copies d'elle-même (ce qui est la tendance naturelle des deux côtés), elle peut l'utiliser pour pousser l'autre à se développer selon ses aspirations propres, qu'il faut commencer par faire émerger. C'est la partie la plus difficile, car la plupart des gens ne savent pas ce qu'ils veulent en réalité. On ne peut pas vouloir fonder un groupe à partir d'individus qui savent déjà ce qu'ils veulent, car ce sont soit des individualistes qui ne s'intéressent qu'à eux-mêmes, soit des maîtres. Il faut donc le faire à partir de personnes "ordinaires" qui ne savent pas ce qui leur convient, et leur donner l'énergie "spirituelle" pour le trouver, dans une perspective d'échange.
Par ailleurs, il convient que la personnalité fondatrice génère une relation parfaite, qui sera un modèle pour les autres. De la sorte, l'élément de base du groupe ne sera pas l'individu, mais un type de relation. Une relation n'étant pas une objet, surtout si elle est "parfaite", la copie n'est pas possible.
Comme on s'en doute, de telles relations vont générer des enfants, lequels enfants baigneront dès l'origine dans ce nouveau modèle, qui a la même base que le modèle traditionnel (l'amour du prochain), mais qui ajoute en plus la créativité personnelle, en sorte qu'ils seront capables de le pousser plus loin.
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