La cause principale de l'échec du bouddhisme tibétain en occident

(Cet article s'adresse à tous ceux qui se sentent attirés par le bouddhisme mais n'y sont pas encore entrés, ainsi qu'à tous ceux qui y sont entrés mais qui ont l'impression que les résultats se font attendre).

L'individu et son univers forment une totalité. De même, toute culture forme une totalité. En sorte que l'individu et le milieu dans lequel il vit sont tout à fait interdépendants.
La spiritualité a pour objet de révéler la créativité de l'individu (la clarté) et de la ramener à l'essence (la vacuité). Le résultat est ce qu'on appelle la bouddhéité qui est la réalisation parfaite de l'union de la clarté et de la vacuité. Et bien que la nature de l'esprit soit inconditionnée, les individus que nous sommes sont conditionnés. De ce conditionnement, seule une toute petite partie est consciente. Ainsi que nous l'apprend l'anatomie, nous avons trois cerveaux, et des thérapeutes comme Janov se sont aperçus que la constitution des névroses remonte généralement au cerveau le plus ancien.
De fait, le pratiquant finit par constater (s'il en a la chance) que ses énergies créatrices (la kundalini) ont été cristallisées et confisquées au niveau des vécus les plus anciens. Et qu'on peut défaire tout ce qu'on voudra de conceptions mentales, cela ne nous rendra pas cette énergie. Malheureusement, la plupart des occidentaux sont tellement intellectualisés qu'ils ne peuvent jamais s'en rendre compte. Mais ceux qui ont une sensibilité peuvent reconnaître que les impressions de l'enfance sont celles qui ont le plus de signification pour nous. Et que si la spiritualité n'est pas capable de les utiliser, alors elle ne nous conduira nulle part.

C'est parce que les enseignants bouddhistes négligent volontairement ce fait que leur disciples occidentaux ne progressent pas de manière notable, à de très rares exceptions près. Qu'on le veuille ou non, le dzogchen tant vanté n'est que la partie émergée d'un iceberg qui a ses racines dans le quotidien des gens. On peut le constater avec les 9 voies du Bön (dont les 9 véhicules du bouddhisme tibétain ne sont qu'une copie). A la base, il y avait des gens vivant d'une certaine façon, dans un certain pays, cultivant leurs champs, élevant leur cheptel. De là sont apparus des arts comme la divination, l'astrologie, la médecine, les rituels, destinés à améliorer cette vie. Et puis de là sont apparus les tantras et le dzogchen. Ce que nous voulons dire, c'est que même si cet ensemble vient de la nature ultime, comme tout ce qui existe, il a surgi en étant complètement intégré avec la façon de vivre des gens. Il est évident que la forme des maisons, la façon de cultiver les champs, les habits, la façon de préparer la nourriture, tout cela a été conçu par les mêmes esprits que ceux qui ont rédigé les écritures sacrées. Celui qui reçoit un terma n'est pas un extra-terrestre venant de Sirius, c'est une personne qui a grandi dans une culture donnée, les enseignements qu'il donnera seront formulés dans les mots de sa langue, qui elle-même tiendra son sens du milieu ambiant où tout est complètement interdépendant. Nous parlons non seulement du sens grossier mais du sens le plus subtil. Il ne faut pas oublier qu'au Tibet et dans les pays voisins, le sacré et le profane n'étaient pas séparés. Il y avait des rituels partout, des autels partout, des images sacrées partout, l'ensemble formant un monde vivant aussi réel, sinon plus réel, que le monde ordinaire. Quand un vache était malade, on appelait un pratiquant du Chöd, quand les affaires allaient mal, on allait demander une divination au lama du coin, et ensuite on effectuait les rituels prescrits.

Tout ceci pour dire quoi ? Qu'un petit enfant qui naissait là-bas recevait en permanence une multitude d'impressions liées au dharma. Par exemple, lorsque Namkhai Norbu avait 3 ans, il allait dans la grotte de son oncle qui pratiquant des yogas toute la journée. Nous, lorsque nous avons 3 ans, nous allons chez notre grand-mère qui nous fait manger des gâteaux et nous emmène dans son jardin plein de fleurs. Autrement dit, lorsque devenu grand, Namkhai Norbu ira dans une grotte, il y retrouvera toutes les impressions magiques de son enfance. Pas nous. De même, un petit tibétain voyait souvent des moines en robe rouge, et pouvait facilement rêver de devenir moine. Et plus tard, quand il entre au monastère, c'est le lieu magique auquel il a rêvé toute son enfance en se demandant quels mystères il pouvait contenir. Chez nous, cela a été remplacé par l'uniforme des pompiers et l'université (éventuellement).

Autrement dit, pour un tibétain, le mot " grotte " et l'image de la grotte sont chargées de tout un imaginaire collectif et enfantin extrêmement puissant. Et quand il ira là-bas, ce sera un lieu accueillant, plein de souvenirs merveilleux et d'imaginations. Mais pour nous ? C'est juste un lieu froid et humide plein d'araignées et de chauves-souris. Si nos grands parents étaient un temps soit peu chrétiens, ce seront les églises qui seront chargées de ce mystère. Si on a une impression forte en entrant dans une église, il ne faut pas chercher plus loin, il s'agit de réminiscences de vécus archaïques. En lisant la biographie de saints chrétiens, on voit d'ailleurs que beaucoup d'entre aux avaient des parents très pieux, et qu'ils ont été très fortement impressionnés dans leur enfance par les images chrétiennes. Une fois au monastère, c'est tout ce vécu qui est retrouvé et utilisé, c'est lui qui fournit le moteur de la pratique.

Notre moteur à nous, c'est toutes les images qui nous ont impressionné quand nous étions petits, et à moins d'être né de parents fanatiques bouddhistes, aucune de ces images n'est liée au bouddhisme tibétain.
C'est pour cette raison que nous avons créé le Roman dharmique, une méthode qui permet à chacun de retrouver ses images archaïques, pour les réintégrer, et parvenir à la perception plus universelle du déploiement de la Vie sous toutes ses formes, qui sera la base de la religion naturelle (le dzogchen). Une fois que toutes nos images personnelles sont intégrées, nous pouvons accéder au sens de toutes les religions, y compris du bouddhisme, puisque tout dérive de la même source qui est la nature de l'esprit. Mais pour y accéder, il nous faut retrouver notre intelligence éveillée confisquée par la multitude d'images que nous avons " saisies " au cours de notre enfance.
Les lamas tibétains négligent soigneusement tout cela, et constatant notre échec, déclarent que que nous sommes nuls, alors que nous ne le sommes pas tant que ça. Ce sont les images proposées qui ne correspondant pas à notre vécu le plus ancien.
On ne peut malheureusement pas s'en rendre compte tant qu'on n'a pas contacté ces images et qu'on n'a pas évalué leur potentiel.

Bref, tous ces lamas et leurs discours n'ont aucun sens pour nous. Ils ont un sens intellectuel, mais ils ne nous "rappellent" rien de ce qui est le plus important pour nous, et qui n'a absolument rien à voir avec le mental. Quand on réveille les couches de mémoire plus anciennes, on réalise que nos valeurs changent complètement. Autrefois, nous valorisions l'intelligence chez un enfant, celle qui permet d'apprendre à lire tôt, de comprendre les sciences et les discours philosophiques. Aujourd'hui, nous valorisons la faculté qui rend ami avec tout le monde, notamment les animaux et les plantes. Comme par hasard, on constate que les surdoués de l'intellect ont des carences en ce qui concerne cette faculté, autrement dit leur intelligence est la conséquence de leur malheur. Quand ils seront grands, ce seront ceux-là qui auront des bonnes idées pour améliorer la société et détruire la nature, comme construire des centrales nucléaires, qui nous expliqueront que les animaux sont des êtres inférieurs et qu'on peut faire ce qu'on veut avec... Mais pour ne pas voir que les animaux ont une conscience et une sensibilité, il faut vraiment être tombé très bas dans la séparation d'avec soi-même. Sauf que le dire et le répéter ne change rien, il faut le réaliser, comme tout le reste.

Lire aussi : Pourquoi il est impossible de faire confiance aux maîtres en général et aux tibétains en particulier

 


Discussions

Commentaire de G* : Je pense la même chose que vous : "un individu est un tout" et je rajouterais "un petit tout relié au grand tout (comme une vague reliée à l'océan)", ce qui implique que le vécu archaïque est collectif, c'est d'ailleurs l'une des conclusions à laquelle Jung est arrivé par sa recherche : la notion d'inconscient collectif (vous le saviez déjà probablement). Jung a montré qu'il y a des points communs entre les rêves d'un européen et les rêves d'un africain ou d'un indien. La coupure est à mon sens "superficielle" au niveau culturel acquis, mais le lien peut se faire au niveau inconscient (mental physique, vital mental) inné.

Réponse de Sherlock : bien que les archétypes soient universels, ils sont déclinés en fonction des pays et des personnes, et je pense que cette déclinaison est très importante. La couleur, la forme, ça semble accessoire, mais ça ne l'est pas du tout. Regardez ce fait connu, que presque tous les hommes vont tomber amoureux de femmes ressemblant à leur mère, c'est le même archétype, mais dans un cas elle sera brune, dans l'autre blonde, dans l'autre noire... et l'aspect est souvent primordial. Quand la libido est coincée sur les blondes, elle ne va pas sur les brunes. Il y a également les ambiances qui nous marquent dès notre petite enfance. Par exemple "Noël chez Mémée avec la crèche et le petit Jésus" est une ambiance assez inoubliable. Les forêts françaises ont une ambiance totalement différente des forêts tropicales. La brousse africaine ou la taïga c'est autre chose encore. Je veux dire que tout est très joli, j'adore les vidéos de brousse avec plein d'animaux, mais je ne suis pas sûre que mon corps s'y sentirait vraiment en sécurité... alors qu'une bonne vieille forêt de France, c'est du "connu". De même j'ai un sentiment de mystère insondable dans les églises, que je n'ai pas dans les temples bouddhistes, et pourtant j'aimerais bien.

P* écrit sur son blog (sans relation avec l'article) : Cela montre que le cadre extérieur n’a en fait aucun sens, et que ce qui est à développer est véritablement à l’intérieur.

Réponse de Pline : Si justement et c’est là où est tout le problème. Je te rappelle qu’il n’y a pas de différence entre « intérieur et extérieur » sinon dans l’illusion, puisque tout est une projection de l’esprit, comme tu le dis si bien. La méthode bouddhiste est excellente en tant que structure (les tantras) et même infaillible, mais impraticable en tant que forme pour nous. (les psalmodies tibétaines et leur décor, etc…) Donc on ne pourra pas unir véritablement la vacuité et ses manifestations, tant qu’on en restera là, et ce n’est pas la faute des bouddhas, mais la notre et celle des maîtres intermédiaires qui s’approprient la connaissance en objet de pouvoir, alors qu’elle résulte d’un développement naturel. Mais tant qu’on veut des « pouvoirs magiques » pour manipuler les apparences, on restera fermé au royaume spontanément pur de l’enfance. Alors que l’idée n’est pas d’avoir des pouvoirs magiques, mais de dialoguer et converser avec des êtres imaginaires de sagesse et de perfection.

Nos objets quotidiens ne conviennent pas pour « projeter » des apparences lumineuses et être le symbole de cognitions valides. Si bien qu’on se retrouve en porte à faux, avec une technique vraie mais inapplicable dans notre environnement. Pour que les objets qui nous entourent apparaissent physiquement comme des projections des qualités de l’esprit, il faut qu’ils nous inspirent. Le problème c’est que le monde tibétain est culturellement celui dans lequel les enseignements ont été formulés, et qu'il n'est anthropologiquement pas déterminé sur les mêmes bases que le notre. Cela concerne l’aspect extérieur.

A l’intérieur, un petit fait en apparence anodin est passé religieusement sous silence. La structure de nos canaux internes est modelée sur notre langue maternelle aux extrémités. (en l’occurrence le français) Les « syllabes » et les sons de notre langue sont la prolongation naturelle de nos canaux, qui se sont formés avant la naissance et au cours de l’apprentissage de notre langue maternelle. Ce qui signifie que la plupart de nos cognitions valides vont passer par cette langue. Or, nous ne sommes pas tibétains et donc nous n’allons pas émettre naturellement « Houng » comme son de sagesse.

Comme on n'arrête pas de l’expliquer de long en large depuis des années, mais aussi de s’affairer pour proposer une alternative. La première en occident qui permet de donner une chance d’intégrer véritablement le dharma à des vers de terre. C’est pour ça qu’on propose plusieurs choses simples, dont on peut rapidement voir si ça a des effets ou non :

- s’immerger physiquement dans un univers de plantes et de belles choses
- se baigner mentalement dans un océan de cognitions valides en écoutant la « voix du dharma », c’est-à-dire pratiquer la lecture de textes en français et de sadhanas à voix haute, en s’accompagnant au synthé (ou piano ou autre) pour faire émerger des « paysages » sonores qui vont réjouir l’âme. Tout le monde est capable de le faire avec les synthés modernes pourvus d'algorithmes très complexes. On cultive ainsi le « souvenir » permanent du divin.
- se nourrir des sens du Roman
- demeurer ferme dans la Nature en faisant la pratique du ciel (si on est inspiré).

Avec ça on doit pouvoir avoir une chance, car cela permettra de faire coïncider dans les plus petits détails les apparences externes avec le moule plastique de notre conscience. En un sens on a beaucoup de karma, en un autre pas tant que ça, dans la mesure où le principal obstacle au bonheur réside dans la scission entre ce qu’on voit quotidiennement et la structure profonde de notre esprit. On attaque par les deux bouts à la fois en produisant un monde dans lequel l’extérieur et l’intérieur se rejoignent, et à la fin on découvre la source commune et unique aux deux.