Au sujet de la méditation sur l'impermanence
par Sherlock

La conviction que vous allez mourir un jour est le plus grave des obstacles. Nisargadatta Maharaj.

 

La méditation sur l'impermanence, qui fait partie des préliminaires bouddhistes, n'est pas une vache qui exauce tous les souhaits. Elle est même propre à enraciner des conceptions erronées dans notre esprit, dont nous aurons ensuite bien du mal à nous défaire. Récemment je méditais devant un lac avec des canards et je réalisais qu'il y avait au final deux deux façons de le voir. La façon qu'on nous apprend dans les enseignements bouddhistes publics : « Ces canards vont bientôt mourir (d'une mort horrible), sentir mauvais, de plus ils ont une vie misérable pleine d’ignorance, ils vivent dans des trous etc... faisons des prières pour ne pas nous réincarner en canard ». C'est en réalité complètement mental. Et la façon dzogchen : « Les canards frétillent, on voit tout de suite que c'est parce qu’ils sont heureux, en fait ils sont l'expression du bonheur, comme les petits enfants. Pourquoi sont-ils heureux ? C'est la nature ultime qui s'epxrime en eux, éternellement fraîche, toujours confiante car éternelle. Le canard est une émanation du divin ». Inutile de détailler l’effet produit par chaque façon de voir.
On peut d'ailleurs étendre cela aux gens, qui sont comme les canards. Ils vivent comme s'ils étaient immortels, et on nous dit que c’est une erreur, mais en réalité, ce n’est pas une erreur, car ce qu’ils sont en réalité est immortel. Il n’y a donc rien d’étonnant dans leur comportement, qui leur est dicté par une part d'eux-mêmes qui n'est pas consciente. Si le juste comportement consistait à se faire du souci et à être grave, alors les petits enfants, qui sont bien moins chargés karmiquement que les adultes, se feraient beaucoup de souci. On constate au contraire qu'ils sont tout à fait confiants, contrairement aux adultes. La nature ultime semble masquée par le mental chez les adultes, mais elle est bien présente, et si on y regarde de près, le mental n'est jamais qu'une expression de la nature ultime.
Leur seul problème est qu’ils ne perçoivent pas cette nature, mais quand on voit un petit enfant qui court ou un canard qui remue la queue, c’est Mahashakti (ou Rolpa) qu’on voit à l’oeuvre. C'est tellement évident qu’on se demande pourquoi les lamas tentent de nous déprimer avec des vues fausses qui ne sont bonnes qu'à solidifier l'illusion du samsara et à dégoûter non pas du samsara, mais des phénomènes.Il est facile de constater que plus on pense à ce qui est négatif, plus il devient "réel". Le but de la pratique consiste à dissiper les perceptions erronées, pas à solidifier le résultat de notre ignorance.
Nous pensons donc que s'il faut pratiquer la méditation sur l'impermanence, c'est dans un esprit joyeux, qui réalise que tout est changeant, afin que la création soit toujours renouvelée. Et non pas que tout est souffrance, car ce qui est souffrance, c'est notre vision erronée, et il ne semble pas très sage d'accuser les « objets », alors que le problème, c'est le sujet. Notre esprit est plongé dans l'ignorance, n'accusons pas les canards.

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