Brève autobiographie apocalyptique dun misérable touriste mantrique
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J’ai été un idiot pendant dix années. Après avoir reçu successivement et personnellement le mantra de Ranjit (So Ham), celui d’Amma une première fois (sa propre forme), les transmissions et les explications uniques du Lopön concernant l’état naturel, le tout dans une période de temps vraiment très courte, (1998-1999) je n’ai rien pratiqué du tout. Non que le sens réel de cette recherche et de cette démarche ne m’intéressât point – puisque je m’étais lancé dedans – mais j’avais l’impression quelque part que cela ne me concernait pas vraiment. Que ces choses promises résultaient de la révélation inopinée d’un mystère étrange, et non de procédures auxquelles je ne pouvais alors encore rien comprendre.
Par ailleurs, j’avais rencontré un ami J-P pratiquant plus avancé et emblématique, qui pouvait me conseiller un peu et m’a fait découvrir la pratique du chi–kong avec Kar-Fung. Attelé avec ce bagage fantastique et des capacités personnelles, qui auraient permis à n’importe qui d’ouvert et un peu malin de gagner quelque chose de valable, j’ai préféré attendre et dormir, en espérant secrètement que le ciel me tombe sur la tête.
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| Maître Eckhart |
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Tchenrezi
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Je ne pratique ni le refuge, trop scolaire à mes yeux, ni Tchenrezi, trop exotique, et je me demande vraiment ce que je dois faire avec ces trucs. Les gens croisés me semblent bizarres ou fanatiques, ou bêtes. Je m’étais bien entendu avec une fille qui croyait dur comme fer à Lobsang Rampa, et qui était très spontanée et naturelle, mais j’ai eu du mal à tenir des discussions valables. Et j’avais vraiment l’impression que les lamas à mes yeux un peu imbus et trop surs de leur coup me prenaient pour un débile mental, en me tenant des discours tout faits et en prônant des sortes de slogans en bois vert, comme si j’entrais dans une nouvelle entreprise à la conquête du monde. Si bien que je me demandais vraiment ce que je foutais là. J’ai entrevu de loin en voiture Lama Gendune qui allait quitter nous quitter physiquement peu de temps après, mais j’ai préféré participer par habitude à un tournoi d’échecs qui ne m’intéressait pas, plutôt que changer mon programme établi d’avance. Je me suis ennuyé ferme, mais les dévots m’agaçaient prodigieusement. Je ne comprenais pas pourquoi ils faisaient tout un foin de ce vieux lama, et pourquoi ils en parlaient comme une sorte de Dieu vivant. Je prenais en mon intérieur cela pour un relent de superstition et de fanatisme, en me sentant décalé et pas bien dans ma peau. Mais il est vrai que la dévotion se transforme vite en force de persuasion mentale lorsqu’elle n’est pas soutenue par l’intelligence ou la grâce.
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J’ai participé ensuite à une première retraite à Paris avec Sogyal Rinpoche et d’éminents vieux lamas, puis une seconde à Lerab–Ling, ayant été introduit habilement dans la marmite avec une jeune novice par un frère occidental que j’allais retrouver par la suite sous d’autres cieux. Car le ragoût version bouddhiste se décline suivant différents modes et avec des sauces très différentes. Je n’ai rien compris à ce qui se passait. En particulier tous les rituels vus de l’extérieur, que je trouvais certes fascinants, mais qui n’évoquaient absolument rien pour moi. Et tout le monde se targuait de « pratiquer », sans que je sache trop ce que ça pouvait bien signifier, et personne ne pouvait d’ailleurs expliquer quoi que ce soit avec précision. Une fois de plus, j’avais l’impression d’être dans une sorte de camp de vacances amélioré, comme pendant ma période intense de tournois d’échecs, mais pas dans une terre de bouddha. Pourtant Sogyal débitait des discours peu inspirés mais très pragmatiques, répondant aux attentes inconscientes des gens. Mais avec mes expériences spontanées, je voulais en découdre et atteindre l’éveil au plus vite, aussi enfantin que cela puisse paraître, et je ne voyais absolument pas le rapport avec ce que je voyais et j’entendais. Entre ces deux retraites, j’ai fréquenté brièvement le centre parisien de Rigpa pour une première approche du bouddhisme, mais je ne me sentais pas à l’aise. J’étais dans un univers totalement étranger, pour lequel je n’avais aucun code, ni occidental, ni oriental. Je n’avais aucune instruction religieuse (outre le fonds culturel familial commun) spécifique qui me permis d’appréhender cet univers curieux, ni de notion du divin vraiment ancrée, et mes lectures philosophiques abondantes ne m’étaient d’aucun secours. En plus, Sogyal parlait pour moi plus de psychologie et de développement personnel que de dharma. Donc tout cela m’énervait pas mal au final, et j’ai cessé de fréquenter ces gens et V qui était rentrée à fond dans cette affaire, aimant plus Sogyal et abandonnant son petit ami de l’époque.
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Sogyal Rinpoche
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| Nisargadatta Maharaj |
J’étais totalement fasciné par Nisargadatta, et je pensais pendant des centaines heures à ce mystère de l’éveil, mais sans rien faire ni rien pratique de concret, en passant qu’un déclic fatal allait se produire, que j’allais « comprendre » enfin d’un seul coup quelque chose (mais quoi ?) et que le voile allait subitement se déchirer pour laisser apparaître la vérité (laquelle ?). Pendant ce temps, mes études philosophiques et pianistiques continuaient de bon train, mais ne donnaient pas vraiment de fruits mûrs. J’échouais à l’agrégation après un brillant succès lors de la maîtrise (sur Ludwig Wittgenstein, le titre trahissant les espoirs d’alors « Résoudre un problème, c’est le faire disparaître »), et ne parvenait toujours pas à jouer correctement mes sonates et mes morceaux sophistiqués, malgré une insistance et une persévérance peu communes. J’ai passé sept fois le même examen (entrée en classe supérieure de piano au conservatoire) sept années consécutives, ce qui est sans doute unique dans annales, en me présentant dans trois conservatoires différents et en taisant à chaque fois mon passé récent (J’avais été recalé et à l’époque tout n’était pas centralisé comme maintenant). J’ai finalement réussi, mais je ne suis jamais parvenu à obtenir mon « premier prix », ce qui fut la cause d’un grand désarroi intérieur, mais ne m’empêcha pas de continuer, à grands renforts de leçons particulières et de stages avec le même professeur qui me suivait depuis des années. Mais je finis par comprendre que j’étais dans une ornière, faute de créativité personnelle, et l’affaire aurait pu durer encore pendant des éons, sans que rien ne change, en assurant une rente à vie à mon cher professeur, dont il a été injustement privé, si je n’avais fini par enrager du fait de ne pouvoir être un musicien tout à fait compétent. Je restais dans une demi-mesure et un entre – jour, à mie voie de l’amateurisme éclairé et du professionnalisme sûr de lui. Du point – de – vue affectif, j’avais bien quelques actifs féminins malgré des tergiversations bizarres et des amis choisis mûrement, mais j’étais incapable de donner de l’énergie et de transmettre mes passions aux autres. Soit de leur apporter quelque chose de vraiment positif, mis à part une compagnie agréable et de bon aloi.
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Donc la vie était écartelée (en 1998) entre deux tendance principales: une volonté de progrès et d’harmonie qui se traduisait par un élan artistique, et l’espoir chimérique d’une réalisation mal définie, soutenu par des « expériences » spirituelles, mais dénuées d’amour divin. En désespoir de cause, ne comprenant rien au bouddhisme et fasciné par Nisargadatta, alors que je sillonnais Paris comme à mon habitude et les librairies du quartier latin comme un fantôme, je tombe nez à nez avec une affiche annonçant une conférence de Ranjit Maharaj, alors assez âgé et sur le point de rendre son dernier souffle. Mon sang ne fait qu’un tour et je bondis de joie, voyant l’occasion de recevoir enfin la sagesse promise, et non pas des discours ennuyeux sur la « compassion » et la « dévotion ». Je me rends donc à la conférence où je suis abreuvé par les paroles du vieux grigou que je voulais entendre, comme quoi tout est une illusion, que la mort et la vie sont juste des états temporaires, que tout est un, qu’il est inutile de se charrier et de se faire du souci, etc…
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Ranjit Maharaj |
Ranjit me fait forte impression avec son advaïta frénétique, mais plutôt qu’observer l’homme en vérité, je m’hypnotise sur les mots pour me faire plaisir sans en comprendre le sens. C’est là que les croyances, même justes, dégénèrent en slogans et viennent obscurcir durablement l’âme. Je prends le mantra lors dans un entretien privé et j’oublie aussitôt après les instructions qui m’ont été confiées. Ranjit rit après avoir bien craché dans sa petite tabatière quand il apprend que j’étudie la philosophie, et il me dit que la meilleure philosophie est de tout oublier, que la Réalité se situe au-delà de la mémoire et de l’oubli, de la connaissance et de l’ignorance. Mais je n’ai pas trop compris où il voulait en venir et je prend tout au pied de la lettre. Je jette aussitôt Ranjit avec l’eau du bain. Ses paroles me fascinent, mais aussi incroyable que cela puisse paraître, je ne pratique rien du tout et j’oublie dans le mauvais sens du terme. En fait, je suis comme une poule devant un couteau et je ne sais vraiment pas quoi faire avec ce mantra, nez–à-nez avec une sorte de météorite. Alors, face à l’énigme, plutôt que chercher, interroger, scruter, méditer, je m’endors et je ne fais rien du tout. Ou plutôt , je fais souvent des expériences spontanées de « powa », qui menacent de dégénérer sec et de m’emmener direct dans l’au-delà (j’ai fait sans le savoir des powas réels au dessus de la tête et j’ai brièvement de cette façon la claire – lumière plusieurs fois, j’espère que je n’ai pas trop abrégé mon espérance de vie…).
En fait la transmission lors de la première retraite sur les divinités du bardo avait très bien fonctionné, trop bien même, et enclenché tous ces phénomènes spontanés, mais je ne m’étais pas renseigné et je ne faisais pas de pratiques pour maîtriser tout ça. Je rêvais à l’éveil en risquant de me détruire la santé par des accès de kundalini hors du canal central bien réels. L’apogée a été atteint lorsque j’ai été pris de convulsions étranges lors d’une soirée mondaine en sautant partout comme un cabris, avec des amis de Stephen Jourdain et d’autres camarades de combat. Le sujet de discussion était – devinez – « l’éveil». Tout ça aurait pu vraiment très mal tourner, mais bon, j’ai été épargné et je crois aujourd’hui avoir comblé ces problèmes de trou dans la structure énergétique. Je pensais aussi – à tort – être « envoûté » par l’égrégore familial, qui n’était certes pas tendre, mais surtout indifférent et méfiant plutôt que franchement hostile.
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Ayant dans ma besace un mantra qui aurait déjà pu être décisif par un usage adéquat, je m’en vais à la conquête des enseignements du Lopön. Il m’est très sympathique, mais je ne comprends à nouveau rien à ses histoires d’état naturel, même si je crois reconnaître la piste de l’expérience initiale qui a déclenché tout ce mouvement quelques années auparavant. Sortant de l’enseignement où il demande chercher le « trou » entre deux pensées pour attraper la bête là où elle se cache dans la taupinière, je suis complètement dépité devant mon échec répété et je manque de ne plus jamais revenir, sentant que c’est trop élevé pour moi. Mais je pressens que l’essentiel se trouve là, et je consigne dans des cahiers de précieuses notes que je relirai plus tard des centaines de fois, sans qu’elles daignent délivrer leurs secrets.
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Qi gong
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Kar Fung
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Mon ami et mentor de l’époque J-P me convie alors une première fois pour voir Amma et recevoir son darshan, pendant l’expérience du chi-kong chez Kar-Fung. J’y suis allé deux ou trois fois par semaine pendant plusieurs mois, ayant laissé pas mal d’économies, mais je n’ai pas appris grand chose au final, à part les certitudes assénées par mon ami d’alors qui voyait alors en moi un jeune espoir. Il a été vite détrompé par la suite et déçu. Les discours les plus fantasques sur la santé absolue côtoient dans le parc une pratique sûre d’elle-même, mais lorsque je demande des conseils pratiques au maître sur la musique et l’enseignement (qui font partie de sa spécialité) et que j’essaye d’entamer une conversation personnelle, il m’envoie proprement balader. Mais bon je prends connaissance de plein de choses sur les arts énergétiques, mais je n’arrive pas à en tirer un truc qui puisse se développer à terme. Tout se mélange dans ma pauvre cervelle, mais à l’époque j’étais sous la coupe du « rien à faire » « rien à comprendre », du « laisser – être » et toutes les variétés de non – agir importées.
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Une fois chez Amma, j’éprouve la sensation d’un grand nettoyage lorsqu’elle passe, et je me mets à pleurer sans savoir pourquoi. Continuant mon exploration touristique spirituelle, je décide de prendre son mantra, sans savoir du tout ce que je faisais. Je sais bien que l’affaire paraît hallucinante, mais c’est aussi le reflet des temps, où les enfants et les orphelins du dharma sont laissés sans orientations, voguant au gré des vents. J’avais donc reçu deux mantras, et non des moindres, et bien entendu je ne pratiquais pas plus le premier que le second. Aujourd’hui j’ai vraiment honte de tout ça, et le comble c’est que j’avais « oublié » jusqu’à une date récente que j’avais pris une première fois le mantra d’Amma. Il me fallut le prendre une seconde fois presque dix ans plus tard pour me souvenir que l’affaire ne faisait en réalité que se répéter… Mais comme on dit en langage religieux, la grâce et la miséricorde sont infinies, et ça sert à rien de se casser la tête contre les murs une fois qu’on a vu le drame. En d’autres termes, je pratique maintenant assidûment tous ces mantras vivants et j’apprends à me concentrer. Je crois que leur pouvoir est réel, et qu’ils ont bien été transmis et reçus au moment où ils ont été donnés. (la transmission étant dans les deux cas personnelle) Mais j’étais alors incapable de mettre en pratique quoi que ce soit, et je préférais dormir tout en rêvant à l’éveil de la chimère, plutôt que me mettre à l’épreuve, d’observer les êtres et les phénomènes en m’avouant mon ignorance.
Après des années de vide et d’oubli, la Mémoire psychique est revenue progressivement grâce à Sherlock, (qui ne s’appelait alors pas ainsi), car contrairement à moi, elle explorait tous les domaines de fond en comble, avec méthode, curiosité et discernement, par une méthode expérimentale de son cru : rêve lucide, phosphénisme, branches de la méditation, musculation, vélo…
| Chepa Dorje Rinpoche |
Rien n'échappait à sa sagacité et à sa volonté implacable, dès que sa curiosité était mobilisée. Profitant des faiblesses de mon caractère, elle m’avait entraîné dans une première aventure singulière en1999-2000, consistant à noter sur un carnet toutes les trois secondes son état de conscience, après notre visite à Karma-Ling où je revenais d’une semaine de vendanges. Elle avait prolongé la méthode du « chan » et de « vipassanna », en lui donnant un tour objectif. Ayant constaté qu’il était vraiment facile de s’illusionner à bon compte, elle avait décidé de vérifier et de mettre à l’épreuve l’exercice de son esprit dans les faits, et non dans les intentions. Mais cette pratique pourtant astreignante n’a pas donné toutes ces promesses et nous nous sommes endormis à bon compte, assoupis par la présence de notre ami J-P, qui pontifiait et nous assénait sans sourciller et avec le plus grand sérieux des discours lénifiants sur sa propre réalisation et ses merveilleuses qualités, certaines bien réelles, d’autres plus floues. A un moment, nous avions même cru réciproquement avoir atteint le fameux « éveil », qui consistait à stopper net le mouvement de recherche, ce qui accentua encore un peu plus la déroute. Nous fréquentions aussi Chepa dorje à ses enseignements du soir, duquel je reçus une initiation de Vajrakilaya chez lui avec Sherlock et un autre ami, que je n’ai évidemment pas pratiqué. Je devrai rôtir en enfer vajra pour toutes ces « ruptures de samaya », mais quand j’ai repris un peu conscience (en 2008), j’ai essayé après coup de refaire un peu de toutes ces pratiques, de Tchenrezi aux divinités du bardo en passant par Tara pour qui j’ai un faible comme toutes les représentations féminines du divin.
Mais soudainement, Sherlock, qui ne tient pas en place, sauta comme un cabri, et nous nous résolûmes finalement à scruter le ciel, à la recherche des mystérieuses visions de thögal, dans les jardins, les parcs et les bancs publics. Elle hantait sa rue et manqua de se faire emmener au poste, tandis que je fixais obstinément le ciel, hagard, les yeux vers le haut avec un air hypnotique partout où je m’arrêtais. Je profitais des haltes lors des randonnées dans la France profonde avec Cdc, épuisé par les élèves, pour scruter obstinément la voûte scintillante.
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Mais nulle part la trace des bouddhas lumineux, à part la canicule d’été, les rayons ardents du soleil et les brûlures de l’âme. Et au bout d’un moment il fallut bien se rendre à l’évidence : cette pratique nous passait pas seulement par-dessus la jambe, mais aussi par-dessus la tête. Malgré tous nos efforts et notre bonne volonté, nous n’arriverions à rien de probant. A part quelques minuscules lucioles et des petites comètes de ci de là, le désert de l’espace était au rendez-vous, mais pas la clarté abyssale. Une initiation supplémentaire à un mantra hindou dans un hôtel particulier du marais se solda par un nouvel échec. Et pour couronner cette suite d’absurdités, j’ai été attiré par un hindouiste européen à qui j’avais vendu un dictionnaire français – telougou lorsque je travaillais aux éditions Kaïlash. Les clients se comptaient sur les doigtes de la main, et j’avais tout loisir de laisser mon imagination vagabonder sur les traces des grands voyageurs de l’Asie centrale et du Tibet, Prejalski et les autres en parcourant les volumes importés d’Inde… Il m’initia chez lui en privé à un nouveau mantra (Ram je crois…) ! La farandole mantrique n’avait apparemment pas de fin, même si elle avait bien eu un début.
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Je vivais alors confortablement avec Cdc, mais sans réel projet commun, tout en étant submergé par mes petits élèves en tant que professeur d’éveil musical tout frais émoulu dans les écoles primaires de la Ville de Paris. En même temps, j’étais noyé dans des nœuds psychologiques avec ma famille que j’avais jugulée et tenue à distance par l’éloignement volontaire. Le départ de cette carrière fut effroyable et la découverte de la vie « professionnelle » traumatisante, dans des écoles « défavorisées » avec des enfants littéralement déchaînés, à moitié déments et impossibles à maîtriser. Jusqu’alors, je m’étais consacré à diverses études poussées et pointues, comme le jeu d’échecs pratiqué intensivement en compétition et à la maison plusieurs heures par jour dès le plus jeune âge, la philosophie avec des lectures aussi arides que précoces à l’adolescence, et le piano toujours, avec autant de passion que de difficultés, le tout en ignorant peu ou prou les autres. Mais voilà que la réalité dans son aspect cru et brut faisait surface, avec toute son horreur et ses crimes latents. Mais en même temps, dans cette atmosphère de haine larvée, je découvrais des facultés d’empathie évidentes pour les enfants et je découvrais que j’aimais être avec eux, malgré les difficultés et certaines marques d’hostilité affichées, voire de haine, ce qui est m’étonnait pour un si jeune âge. Heureusement, une grande part de ces problèmes ont été surmontés depuis lors, et une véritable petite communauté psychique prend parfois son essor. En même temps, les adultes confrontés à des difficultés semblables faisaient mine d’ignorer ma propre situation et la leur, et ils inventaient mille excuses pour mentaliser les choses et échapper à la crudité des faits. De mon côté, les harpies et les goules avaient retrouvé ma trace et m’insultaient copieusement. Elles voulaient me faire payer mes dettes selon la loi du talion.
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Tapihritsa
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Faute de pratique, le karma m’avait donc rattrapé irrémédiablement avec une lame de fond irrépressible, et menaçait de tout emporter et de tout user, sans perspectives à long terme. En guise d’ambiance musicale, de bonheur et de mélodie cosmique, j’écopais ma propre misère humaine, sous une apparence de renoncement et de petites ambitions professorales, avec en toile de fond les crises soudaines et très violentes du corps subtil, qui souhaitait quitter cette enveloppe à moitié inutile. Lorsque l’être psychique n’est pas nourri et ne tient pas les reines, le vital se rebelle et veut se venger de sa pauvreté subie. Quelque part, j’avais démissionné avant même d’avoir entamé la lutte, gorgé de syllabes secrètes et de gemmes de sagesse, ignorant tout du dépôt incroyable qui avait été confié, pour le faire germer et croître, pas pour le laisser au grenier dans une caisse fermée à double tour. Une telle stupidité paraît incroyable et incompréhensible, mais elle est pourtant bien réelle.
Après l’échec de thögal, nous décidâmes d’aller recueillir la pratique de tumo chez les bön en 2005, et nous débutâmes avec entrain ensemble dans la chambre de « retraite ». Sherlock m’avait pris sous son aile et tenait ses comptes en notant scrupuleusement ses performances d’apnée. Incapable d’une telle rigueur, j’étais beaucoup plus flou et lâche, mais je tentais quand même quelque chose, et il m’ arrivait de pratiquer plus de trois heures par jour par séquences de cinquante minutes. Mais je n’ai jamais réussi à localiser véritablement la goutte rouge, clef de voûte de tout l’édifice. Pour sûr, elle n’existe pas au départ, malgré les descriptions externes des textes, car elle doit être réveillée par des imaginations adéquates, qui attirent les vents aux bons endroits, mobilisent les gouttes et attisent le feu intérieur. Je crois que j’avais totalisé la somme de 1500 heures de pratique, avant de connaître un lent mais irréversible déclin. Sherlock avait plus progressé, mais avait déjà détecté l’impasse.
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| Mère Meera |
Constatant ses propres faiblesses et les imperfections de sa pratique, elle
décida heureusement un jour subitement de s’en remettre à Amma, que j’avais
cessé de voir depuis quelques années, et de prendre le mantra. Cela se passait
en 2007. Une fois de plus, je suivais le mouvement dans le wagon restaurant
et pas dans la locomotive au poste de pilotage. Il faut dire que j’ai pris l’habitude
de finir ses plats, au sens propre comme au figuré, car je suis désargenté et
je ne maîtrise pas du tout l’art culinaire. Cela m’a inspiré récemment un article
sur les techniques du « vampirat » bien tempéré. Juste avant nous avions reçu
le darshan de Mère Meera, qui m’avait ouvert l’esprit et le coeur, redonné un
peu le moral et donné un peu de baume. Je commençais à ressentir enfin un peu
de foi, (alors que ce mot ne faisait pas partie de mon vocabulaire) et le sens
de la compassion et de la dévotion, qui étaient jusqu’alors totalement absents
de mon esprit, se trouvaient révélés et prêts enfin à mûrir. Mais l’objet caché
qui se révélait derrière les apparences, c’était bien le sens du mot « Avatar
». Jusque là, j’avais entendus parler de bouddhas masqués dans l’état naturel,
mais pas d’Etres transcendants qui se révélaient ouvertement de façon sensible,ce
qui change la donne. Il faut dire que chez le lopön j’avais eu une vision de
clarté où elle m’apparaissait absolument nettement dans son allure de reine,
affirmant que je n’aimais pas les gens (en particulier ma famille) et que c’était
dommage. Ayant constaté tour à tour les prodiges de Mère Meera (qui avait effacé
d’un coup des tonnes de misère accumulées) et observé avec attention les performances
physiques extra – ordinaires d’Amma, qui sans faiblir donne le darshan
à tour de bras, dans une joie éclatante et un dévouement infini, mon esprit
commença à changer et mon intuition à se développer.
S’en sont suivis toute une série de recherches préalables et de blogs successifs,
dans lesquels nous consignions nos expériences avec nos amis, ainsi que des
voyages enrichissant et ouvrant l’esprit. Sous l’impulsion de Sherlock et cette
dévotion embryonnaire pour Amma mais bien réelle, nous avons commencé à faire
un premier site sur « l’Unité fondamentale des religions », mêlant une enquête
pratique et précise portant sur la vie des saints et des Maîtres, la lecture
ouverte des dogmes et des théories, confrontant voies et systèmes religieux
dans une perspective d’enrichissement mutuel. Histoire de mettre en forme nos
discussions et de faire sortir mes kilos de lectures philosophiques à l’extérieur,
qui commençaient à se faire vraiment pesants. C’était la première ébauche de
la « Théoscopie » balbutiante, (dont le grand et brillant avenir ne semble pas
certain…) l’investigation de la nature divine, des voies et des chemins spirituels
dans les grandes traditions pour les enfants et les grands de 7 ans jusqu’à
l’éternité selon une méthode originale et complètement inédite.
Cette recherche s’est traduite par la réalisation d’un site au contenu imposant
et docte, la rédaction d’une « Somme » et le récit de chroniques relatant principalement
mes voyages en Inde. Mon premier périple dans l’inconnu (Février 2009) et l’ashram
de feu swami Premananda intitulé « Inde
terre de darshan » , relate une rencontre décisive avec une terre spirituelle
avec un compagnon, et l’amorce du retour de la Mémoire psychique. Qui se confirmera
petit à petit, à force de pratiques spirituelles de plus en plus soutenues,
de lectures empathiques des grands saints chrétiens, de conversations passionnées
avec Sherlock, de satsangs fiévreux avec les amis, de vie commune plus riche
avec Cdc.
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| Saint Gervais |
Entre temps, je suis devenu catéchumène dans une paroisse orthodoxe de la région parisienne, car le fond culturel chrétien était ressorti avec force depuis notre « opération reliques » en Italie et j’étais littéralement fasciné par la petite communauté de Saint–Gervais , avec l’ambiance feutrée qui règne lors des messes et des vêpres du soir. J’ai même songé à devenir prêtre (orthodoxe, car ils peuvent être mariés) et nous sommes allés consciencieusement à la messe avec Cdc tous les dimanches matins pendant plusieurs mois dans une petite paroisse, car nous n’étions pas baptisés. J’étais encadré par une vieille connaissance ressuscitée pour la circonstance, mais lorsque nous décidâmes soudainement d’abandonner ce projet fou, personne ne chercha à nous en dissuader, ce qui est quand même étrange quand le salut éternel est censé être en jeu. Le prêtre qui appréciait visiblement mes compétences intellectuelles et la communauté étaient bien sympathiques au demeurant, mais je sentis bien vite que l’essentiel de la spiritualité allait se condenser dans le rituel des « agapes » qui clôture la messe dominicale, plutôt que dans des envolées mystiques. Et une fois introduit et baptisé, je n’allais pas pouvoir disparaître comme ça sans un certain remords.
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Et puis je lisais la série des livres écrits sur Amma, « Eveillez-vous mes enfants », et comme je suis assez influençable, je pensais comme l’égrégore qu’elle allait s’occuper de tout et me procurer la grâce si je devenais un bon dévot. Et donc que Jésus n’était peut-être pas nécessaire. D’ailleurs j’aime Marie et les miracles des saints, et je me suis senti une affinité spéciale avec Sainte Philomène, mais j’ai un peu peur de Jésus et de la croix. Ce que j’ai dit au prêtre, qui a tenu à me rassurer et à tout ramener au naturel. Mais quand on connaît le sort des saints dans le christianisme et qu’on a un goût inné pour le surnaturel, on demeure prudent. Quoi qu’il en soit j’étais surtout fasciné par les contours mentaux de la théologie et de la dogmatique, qui évoquent la puissance de la machinerie intellectuelle humaine et la force indomptable des asuras. Et j’en veux pour preuve une lettre délirante écrite à un prêtre, où je dissertais, tel un Grégoire de Palamas en chambre, sur les vertus des énergies incréées et de l’essence in-cogniscible. Mais cette période s’est révélée par ailleurs très fertile. Je laisse comme témoignage la somme des textes laissés sur le sujet, mine de cognitions valides qu’on trouvera nulle part ailleurs.
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| Sainte Philomène |
Le passage par le christianisme ne nous empêcha pas de grappiller de nouvelles
initiations bouddhistes selon notre technique expérimentale de « vampirat »
qui sait s’y prendre : Tara blanche, la triade Vajrapani – Hayagriwa – arudaet
Hayagriwa seul plus tard…
En appliquant notre perspicacité à l’ensemble des religions, sans en faire des
objets finis, nous finissons par découvrir le pot aux roses. Nous voyons avec
stupeur que nous illustrions par notre méthode « théoscopique » et dans son
extension « anthroposcopique » -sans le savoir- la démarche prônée par Mère
et Sri Aurobindo, consistant à percevoir l’harmonie dans le multiple, sans réduire
l’autre au même. Apprécier et décripter la multiplicité des formes de relation
que l’homme entretient avec le divin infini et en tirer des enseignements pour
notre pratique, c’est notre cheminement. Nous avons donc lu et tenté d’assimiler
l’ensemble de l’Agenda ainsi qu’une bonne part de l’œuvre d’Aurobindo, ce qui
a donné lieu à de nouveaux blogs et des articles conséquents et copieux. Pratiquement,
j’ai commencé de façon soutenue l’aïkido pour travailler le physique et plus
récemment la danse indienne. J’ai aussi repris le piano et le sythé dans la
perspective de petites compositions et d’improvisations musicales, afin de mettre
au diapason toutes les facultés anthroposcopiques. Nous avons tenté de mettre
en place une petite communauté, qui à défaut d’être gnostique, est bloguesque,
et nous partageons nos découvertes avec bonne humeur.
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Mère et Sri Aurobindo
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Mais au final, nous avons découvert que Mère s’était visiblement perdue sur
le tard en ignorant certains aspects décisifs de la pratique, et que Sri Aurobindo
avait été quelque peu aveuglé par son rôle prophétique, héritier de son aventure
politique de jeunesse. En s’imaginant les premiers révélateurs du supra –
mental, les deux pionniers s’étaient voilés face aux vérités d’autres religions,
en particulier du bouddhisme caricaturé et simplifié outrageusement, et du christianisme
superbement ignoré. Même s’ils ont frayé un chemin nouveau des possibilités
de réalisation collective jusqu’alors mises sous le boisseau. En un mot, et
malgré leurs qualités incommensurables, ils avaient eux – même fondé une
nouvelle religion, tout en prétendant le contraire et en annonçant leur dépassement
futur. Nous avons tenté de montrer qu’on pouvait tout à fait trouver les traces
de supra – mental partout où la vérité s’est manifestée sur terre. En
particulier dans les enseignements du Dzogchen que nous avons reçu sans pouvoir
jusqu’alors les mettre en pratique.
Notre bon vieux Lopön avait dit et transmis l’essentiel et le plus important pour nous, mais comment le mettre en ouvre sans se casser les dents et s’éreinter ? Le fameux « dzogchen » contient bien une vérité expérimentable et vérifiable quasi scientifiquement, sous la forme d’un déploiement visionnaire fondamental, mais il a fallu un détour immense pour donner un sens et une certitude à ce qui n’était qu’une croyance juste au départ. Les vieux carnets jaunis et écornés de 1998-1999 prennent une lueur nouvelle, une fois éclairés par mille recherches, mille circonvolutions à travers les spectres vitaux et les cadavres des formations mentales, et encore plus de chocs et de bosses contre le mur infrangible de l’ignorance. Si le bonheur a un prix, c’est celui de la persévérance, qui seule permet de ne pas reculer malgré les rebuffades et les absurdités apparentes. La fortune peut sourire aux audacieux, à condition de se rendre compte que nous nageons au départ chacun dans une mer d’ apocalypse, et que les bonnes intentions n’y pourront rien si nous voulons évoluer et nous transformer. Le samsara c’est le samsara et pour trouver les prémisses de la vibration de vérité et les lampes qui éclairent l’accès à la vie divine, il nous faut mettre à l’heure notre montre intérieure et sentir que le temps est réellement compté, sans paniquer ni se hâter excessivement. Juste réaliser le sens des « préliminaires », débloquer l’aspiration vers l’infini et permettre la descente des ondées de félicité.
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| Lopon Tenzin Namdak Rinpoche |
A venir les révélations de Lune de vajra et d’Astocrix dans « La flambée de joie qui éclaire les petits loupiots en route pour un mini corps – arc – en – ciel : Thögal du ver luisant »
1/ La lampe de la vibration de vérité
2/ La lampe des étincelles cognitives et des apparences lumineuses
3/ La lampe de la fulguration des orbes irisés
4/ La lampe de la porte des apparences pures
5/ La lampe de l’épanchement d’amour
6/ La lampe de la terre d’avancement mutuel