Par Pline

 

1. Naissance de la théoscopie

La rencontre initiale qui a aiguisé ma curiosité dharmique, après une jeunesse studieuse consacrée à l’étude, à la compétition échiquéenne, au jeu pianistique et au travail scolaire assidu, a coïncidé avec la lecture d’un vieux livre trouvé dans le grenier aux trésors de ma grand-mère. Un vieux médecin guérisseur de campagne lui avait légué l’ouvrage, pour lui suggérer peut-être l’attrait du mystère et le témoignage de sa sympathie, ou pour inspirer un lecteur de passage. En tous cas, à dix-sept ans, ce petit condensateur m’a ouvert des horizons.

« Les grands initiés » de Schuré me parlaient un langage nouveau et me découvrait un monde magique complètement inconnu, alors même que j’avais déjà dévoré des centaines de romans et de livres variés, parmi lesquels tenaient déjà en bonne place de copieux traités philosophiques, dont les « Recherches logiques » d’Edmund Hussert et le « Tractatus logico-philosophicus » de Ludwig Wittgenstein représentaient certainement un des plus beaux fleurons du tableau de chasse. Ces opuscules particulièrement obscurs avaient tracés d’énigmatiques symboles dans une cervelle encore jeune et porté dans les sillons de l’âme des énigmes chiffrées, mais les « Grands-initiés » conduisaient ailleurs : ils ouvraient par la reconstitution fantastique du passé les promesses futures d’un monde non-conventionnel, dans lequel l’art, la religion et la science en auraient fini avec le divorce qui a fondé les temps modernes. Bref, les rêves des grands-initiés me donnaient une nouvelle lueur imaginative et un bref aperçu du divin.

De là, je me précipitais sur « La langue hébraïque restituée » de Fabre-d’Olivet et je cherchais dans les rayonnages et le fonds de la bibliothèque de la ville de Douai tout ce qui pouvait se rapporter à cet auteur prodigieux. Je tombais sur le fond occulte de la fin du XIXè siècle, avec les Papus de carnaval et toute leur suite. Mais ce qui frappait avant tout mon être, ce n’étaient pas les théories pythagoriciennes fumeuses sur la métempsychose où les prétendus pouvoirs occultes de la chaîne d’or qui traverse les siècles, mais l’étendue très vaste de l’imagination, qui peut générer des objets de rêve infinis, sur lesquels il était possible de gloser et de converser intérieurement. Comme l’aurait dit l’auguste théologien Saint-Augustin et toute la suite de la veine chrétienne, l’homme possède en son fonds un Verbe par lequel peuvent s’exprimer les essences incréées et éternelles de l’âme. Le dialogue intime de l’être avec le Créateur se traduit par une sorte de conversation privée et incommunicable, qui manifeste la fécondité de la relation intime entre l’âme et le Suprême. Mais sait-on vraiment ce que peuvent bien signifier de telles formulations imposantes hors du monde des contes et de la vérité de l’enfance ?

En tous cas, il était sûr que je découvrais par ces lectures dans l’antre de mon esprit un fonds inconnu, qui recelait des trésors de sens. Evidemment, je me rendais bien compte que les dissections anatomiques à base de dissertation opérées dans les classes d’Hypokhâgne et de Khâgne du lycée Fénelon n’allaient pas dans cette direction, mais faute de donner une méthode fiable d’investigation du sens des phénomènes, elles donnaient beaucoup de matière et de contenu à mon esprit. De la pâte à modeler sur laquelle s’appliquer dans le présent et à l’avenir, car curieusement, la Mémoire substantielle de tous ces ouvrages et de tous ces auteurs, bien qu’inactive, m’est restée jusqu’à ce jour.

Sans le faire exprès et sans le vouloir, j’avais appliqué une investigation infinie qui ancre de façon définitive dans le psychisme non des « informations » isolées ou des séquences mentales, mais des unités de sens partiellement scellées, qui ne demandent qu’à être ouvertes et déployées, pour en éprouver l’inépuisable fécondité. Dans une lecture « mentale » ordinaire, on retient certaines choses et on en élimine d’autres un peu arbitrairement suivant des objectifs pragmatiques, alors que dans une lecture plus inspirée ou plus intuitive, on « fait corps » avec les signes, leurs relations, les objets désignés et les objets cachés pour en éprouver l’unité inexprimable. En un mot, on essaye de considérer que les mots ont une « âme », et que cette âme exprime la volonté de transmission d’un auteur, qui par son acte d’écrire, nous a donné une certaine vision, nous a fait ouïr un certain verbe, et nous a donné l’occasion de reconnaître et de préciser certaines significations dans notre propre esprit qui échappent au monde des objets sensibles et conventionnels. Evidemment en débutant ce babillage intégral avec les auteurs, je n’avais pas conscience de tout ce processus et d’être en relation avec des forces et des êtres réels, mais j’étais guidé sans le savoir par le pouvoir d’une imagination véridique naissante, celle qui permet d’inventer un contenu substantiel où se retrouver soi-même avec les autres. Car j’aimais les livres pour ce qu’ils sont, des signes sensibles qui pointent vers des objets infinis rêvés, dans lesquels le pouvoir de la contemplation vivante permet de s’abîmer en aimant.

La “Pensée empathique” qui fonctionne par identité permet de s’ouvrir l’esprit et de multiplier les objets de réflexion de soi. A la place d’évoluer en circuit fermé, notre mental devient beaucoup plus vaste, jusqu’à accueillir l’espace contenant tout, selon un mode d’union que les philosophes ont appelé « intuition intellectuelle » ou « connaissance par identité. » La séparation inhérente aux modes inférieurs de savoir cesse de jouer à ce niveau, et laisse place à une communauté de structure entre ce qui perçoit et ce qui est perçu. Il en résulte une joie spontanée mais difficile d’accès, celle de comprendre, de discerner et de vivre en esprit.

Nous avons écrit notre propre « Roman de l’intellect » que nous avons appelé « Théoscopie », dans lequel nous traquons toutes les cognitions valides issues de la mise ne perspective des traditions et des voies spirituelles par un subtil jeu de miroirs. C’est un grand jeu de l’oie, qui laisse entrevoir un « Mystère théoscopique » insondable, propre à satisfaire les amateurs de curiosités. Mais la théoscopie a fini par se cristalliser et à se prendre elle-même pour objet, ce qui a donné un monstre mort-né propre à susciter la compassion. Elle s’est achevée par un plan prétentieux qui n’a jamais trouvé sa matière autrement que dans l’imagination. Et il est retourné au Musée théoscopique de mon roman qui amuse maintenant beaucoup les enfants du roman.


2. Le mystère théoscopique décliné en 49 points qui n'a jamais vu le jour

Esquisse d’un tableau vivant de la création-

Introduction: la Tradition originelle multiplicatrice
Si nous suivons le dogme bouddhiste, les esprits individuels existent depuis » des temps sans commencement, » sans origine temporelle assignable. A l’inverse, dans la conception chrétienne, Dieu a créé de toute éternité un nombre déterminé d’âmes et leur assigne une origine temporelle précise. Dans la conception hindou, les choses sont établies moins fixement, mais encore assez rigides et peu explicites. La théoscopie a pour axiome la Puissance infiniment infinie de la source créatrice, qui ne saurait s’épuiser dans aucune manifestation, même avatarique. L’argument se justifie très logiquement et simplement. Nous l’avons exposé en détail dans notre article fondateur Création de voies spirituelles et sanctification des universaux. Aujourd’hui, nous en déduisons une conséquence. Pourquoi Dieu ne pourrait-il pas créer de nouvelles âmes a tout instant ? Dans un univers en constante création et en perpétuel renouvellement, pourquoi faudrait-il que tout soit joué d’avance dans une limite artificielle ? Et ce faisant, comment Dieu opère-t-il son oeuvre de création ?


1/ L’auto-révélation de l’Absolu en Personnes divines: la dynamique de la Sagesse et l’anthropogénèse
1.1/ L’Absolu inconnaissable: le Rien, le Néant primordial et le Tout-possible
1.2/ La Puissance de l’Absolu ou la libre volonté qui surgit spontanément de l’éternel sans-fond
1.3/ Clarté, vacuité et unification de la Sphère primordiale
1.4/ La sagesse théoscopique et la rupture du Vase clos hermétique
1.5/ Les trois principes de l’essence divine dans le grand corps et dans le petit corps
1.6/ Les sept source-esprits: la Mathèse et l’histoire de l’humanité
1.7/ L’Amour révélé ou le corps de la Sagesse: naissance et mission de l’Avatar, origine et fonction des bouddhas, finalité de la vie humaine


2/ Le mystère des embryons d’âme: la mélodie du grand et des petits bonheurs
1.1/ Origine de l’esprit et du vent indestructible, des gouttes et des canaux: les yeux et les miroirs de la création
1.2/ Unité numérique et individuation métaphysique des esprits: les paradoxes d’un dénombrement
1.3/ Les dimensions de l’espace et du temps ou comment le Soi « contient » l’univers
1.4/ Nécessité de la densification progressives des vents dans la genèse divine et l’évolution du cosmos: liberté personnelle et auto-expérimentation de soi
1.5/ Origine du mal: le retournement de la nature éternelle et la liberté multiplicative
1.6/ Explication de la corruption des éléments et de leur restauration possible dans une (ré)création nouvelle
1.7/ Les trois natures dans l’homme, leur rôle respectif, leurs rapports et les trois yogas gradués qui en découlent: yoga du corps physique, des corps astraux-mentaux et de l’état naturel


3/L’émergence du palais divin qui acceuille l’âme foetale
3.1/ Transformation de l’environnement et de l’image de soi
3.2/ Naissance et expansion de la dévotion au Maître
3.3/ La vie comprise et sentie une liturgie spontanée: la graîne et les organes du couple divin
3.4/ L’état d’enfance spirituelle
3.5/ Aimer quelque chose, aimer ses frères, aimer ses ennemis, tout aimer: l’accueil inconditionnel du jaillissement phénoménal
3.6/ Le chaos ordonné et la folle sagesse: le jardin d’Eden théoscopique
3.7/ Jouer avec Dieu dans un univers décentré


4/ La nativité surnaturelle, l’expansion de la joie et du sentiment d’exister: l’eucharistie cosmique

4.1/ Différence de l’être et de l’étant
4.2/ Le retournement du monde et la vision du Point Oméga
4.3/ La petite vacuité du « je » et l’émergence du Je véritable dans la goutte du coeur: les histoires étonnantes et (sur) naturelles du Soi
4.4/ La synthèse de nos représentations et la vie triadique: arithmétique théoscopique élémentaire
4.5/ Compréhension du principe de la vie symbiotique: application biologique, sociale et conditions politiques de son émergence
4.6/ Extension du « Je suis » à l’ensemble de la vie manifestée et devenir muti-pôle: multiplication des espaces de communication
4.7/ Grande vacuité du « Je suis » et découverte de l’état naturel de l’âme: prémisses de l’omniprésence


5/ La croissance de la vie symbiotique et la gestation de la divinité personnelle: l’étape de génération
5.1/ La fixation de l’imaginaire volatil et sa transmutation imaginale dans la goutte du coeur: stopper le monde et le mouvement des vents
5.2/ Les cadeaux du Saint-Esprit et la compréhension des niveaux de tantra: stabilisation de l’ishta devata et du couple divin.
5.3/ La multiplication des dons du Saint-esprit et la décompartimentation du canal central: émergence de la kundalini analogique et mathématiques supérieures
5.4/ L’intégration des monades imaginales: multiplication des perspectives
5.5/ La renaissance et la prolifération du petit-peuple d’en bas
5.6/ La subtilisation des chakras dans le saint-élément: affinage du grossier, corporification de la substance céleste et multiplication des gouttes pures
5.7/ Apparition de la kundalini réelle: prémisses de l’omnipotence et vision de la totalité de l’aspect phénoménal dans les gouttes pures


6/ Purification de l’âme et accomplissement des trois corps de bouddha: l’étape d’accomplissement
6.1/ La nature de la volonté divine: l’oeil indéterminé des possibles
6.1/ La nature de l’âme: la volonté personnelle qui choisit librement un rôle dans le jeu divin
6.2/ La nature du corps divin: la sensibilisation de l’âme
6.3/ Actionner l’intelligence céleste grâce à la sorcellerie théoscopique
6.4/ Transformation de l’imaginal en visions pures créatives
6.5/ Dénudation de l’âme et multiplication des visions de clarté
6.6/ Découvrement des trois corps de bouddha
6.7/ Pureté retrouvée dans la spontanéité créatrice originelle: prémisses de l’omniscience et vision de la totalité du jeu des causes et des effets


7/ La Vie divine des boudhas et le mystère de l’accomplissement spontané des libre-volontés dans l’omniscience partagée
7.1/ La vision mutuelle des bouddhas
7.2/ L’omniscience partagée
7.3/ L’auto-répartition des rôles dans la création
7.4/ Nature propre des Avatars et des bouddhas
7.5/ Unité et multiplicité des cheminements spirituels
7.6/ L’oeil multiplicateur de la Sagesse théoscopique: libération de la matière et intégration de toutes les multiplications
7.7/ Contemplation de l’échelle théoscopique achevée, multiplication divine et vision analogique de l’Infini: prémisses du corps d’arc-en-ciel


Cette terreur issue d’un esprit malade n’a heureusement jamais pu voir le jour, car les oeuvres naturelles ont pour particularité d’être engendrées naturellement, selon les besoins réels et le rythme authentique de l’être, et sans forcer. Les cathédrales de concepts s’édifient dans leur propre certitude et s’étiolent dans la décrépitude de l’esseulement. Seul un point -de-vue qui surplombe toutes les vérités partielles permet de dépasser le marbre figé de ces sortes de palais. Ce que Sri Aurobindo appelle « supra – mental », possède son propre mouvement infaillible, imprévisible et libre. Les « termas » qui en découlent répondent à des nécessités véritables et naissent par-delà l’effort délibéré. Ils ne dépendent pas de la fantaisie d’auteurs désaxés mais viennent à l’heure dite.

3. Les Archives Théoscopiques

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4. L'anthroposcopie

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