Aide-toi, et le Ciel t'aidera


Jean Delville, Prométhée

"Where is the need for you in this world or any world to grow faith in others? Believe in yourself, first. Then believe in the Lord, Paramatma. When you have faith in these two, neither the good nor the bad will affect you". Sai Baba.

C'est en lisant un nième livre sur la spiritualité (dont Protee devrait bientôt nous faire le compte-rendu…) que l'horrible vérité nous est apparue. Ainsi que l'a dit Maître Philippe " Dans une vie, on n'avance que d'un cheveu ". Il y a une très bonne raison à cela. Ceux qui naissent " doués " en spiritualité (tirant ce don de toutes leurs autres vies passées à pratiquer) continuent avec leur don, et ceux qui naissent pas doués continuent avec leur absence de don. Mais personne ne cherche à évoluer en dehors du terrain déjà défini par ses vies antérieures. Celui qui naît avec une prédilection pour la bhakti pratique la bhakti, celui qui naît avec une attirance pour le zen pratique pour le zen. Cela peut sembler parfait au premier abord, mais si on y réfléchit, dès lors que l'on renaît sans être un grand maître, c'est que l'on n'a pas su s'en sortir lors de la vie précédente. Il y a donc peu de chances qu'en suivant exactement le même chemin on s'en sorte mieux, ou même qu'on évolue. On va tout simplement répéter les mêmes erreurs, grossières ou moins grossières, perpétuer les mêmes voiles.
Beaucoup de gens qui se présentent comme maîtres ou gourous sont en fait des gens qui sont nés avec de bonne dispositions et qui ont réussi, ils ne savent trop comment, à développer un certain aspect de la spiritualité. Dans la mesure où ils ont développé ils ne savent pas quoi sans savoir comment, il y a peu de chances que leurs explications soient claires. Ce qui explique la confusion qu'ils répandent, et qui n'est pas mince.
Nous pensions jusqu'à maintenant que la plupart des maîtres conservaient de précieux secrets par devers eux. En réalité, ils ne détiennent aucun secret - du moins aucun de ceux qui nous intéressent. Comme UG, ils ne comprennent rien à ce qui leur est arrivé, cependant ils essaient d'appliquer ce qui les a supposément aidés 1) à des gens dont ce n'est pas le tempérament 2) sans savoir si c'est vraiment ça qui les a aidés. En fait, c'est UG qui a raison, à de rares exceptions près. Personne ne sait rien et la plupart des soi-disant maîtres sont des escrocs, parce que toute connaissance éventuelle d'une méthode complète est perdue avec la mémoire de l'ensemble leurs vies antérieures qui est rarement retrouvée.
Nous pourrions multiplier les exemples à l'infini, de maîtres qui chantent les louanges d'une méthode alors qu'il est évident que ce n'est pas cela qui les a fait réaliser - sans compter que personne ne sait vraiment ce qu'ils ont réalisé. Par analogie, imaginons une personne qui a étudié le piano pendant vingt ans, et qui subitement perd la mémoire et se retrouve dans un autre pays. Il reprend une nouvelle vie, et puis un beau jour, au bout de quelques années, il tombe sur un piano, ça lui plaît et il décide d'apprendre le piano. Rapidement, il va devenir un virtuose, et comme il aura une vue un peu étroite, il va penser que c'est sa méthode qui est fabuleuse, et qu'il est tombé sur LA bonne méthode. Il va vouloir l'apprendre à tout le monde, et bien sûr, ça ne va pas marcher aussi bien que sur lui, mais ça ne sera pas son problème, au fond. Il sera un piètre professeur parce qu'il aura oublié la plus grande part de son apprentissage, et il sera entouré d'élèves dont la plupart vont échouer, exceptés ceux à qui la méthode convient réellement.

Nous nous sommes demandés pendant longtemps pourquoi les maîtres ne disaient pas la vérité à ceux dont la voie n'est pas celle qu'ils enseignent. Nous pensions que c'était pour développer l'intelligence critique des gens, sauf que lorsque l'on examine les faits, cela développe surtout le ressentiment de ceux qui ont perdu vingt ans de leur vie avec le mauvais maître, à moins qu'ils ne s'en rendent pas compte et meurent idiots. Mais la vérité, c'est que les maîtres en question ne voient pas que la voie n'est pas appropriée au disciple, et font perdre leur temps à un grand nombre de gens.
Maintenant, il nous apparaît avec une totale clarté que tous ces chercheurs spirituels qui écrivent des livres/sites/blogs pour décrire leur chemin plein de tribulations, de doutes, de rencontres, d'interrogations, et finalement de " certitudes clichés ", sont des personnes qui quelque part sont allées contre leur karma, et qui au mieux n'obtiendront qu'un résultat partiel.
En effet, on peut dire que notre Shakti est retenue prisonnière dans la totalité de notre karma, et donc de nos tendances fondamentales. Si nous renions simplement ces tendances, sans chercher à comprendre comment le nœud s'est fait, c'est comme si nous enfermions à chaque fois un petit bout de notre énergie totale dans une boîte hermétique. Elle ne pourra plus rejoindre le canal central et ne pourra plus servir à l'œuvre globale.
Il nous apparaît maintenant que la plupart des pratiquants libèrent une partie de leur Shakti grâce à des pratiques plus ou moins heureuses, tout en enfermant le reste, ce qui peut donner l'illusion d'une certaine réussite, mais arrivera un moment où il ne sera plus possible d'avancer. Il ne restera plus qu'à souhaiter reprendre naissance dans des circonstances un peu différentes, pour libérer d'autres parts de karma.
Bref, on peut attendre 3 millions d'années et évoluer au rythme de l'espèce, ou bien cesser d'être idiots, et partir à la recherche de tout ce que nous avons mis sous le boisseau.

Ce qui revient à réaliser que, pour la plupart d'entre nous, nous ne sommes pas des braves gens. Dit autrement, les gens chez qui la bravitude permet de développer une puissance véritable (celle de la Shakti qui se déploie) sont extrêmement rares.
Comme nous l'avons dit par ailleurs, la Shakti sauvage est associée, chez la plupart des gens, à des contenus guerriers, et si ce n'était pas le cas, nous n'aurions jamais vu une telle prolifération des armes sur cette planète. La méthode consiste donc à nettoyer le canal central avec des méthodes neutres, ne mettant pas en jeu de contenus particuliers, et ensuite activer les contenus qui vont débloquer l'énergie.
Les pratiquants normaux (qui écoutent tous les maîtres semi-réalisés au lieu de réfléchir) activent simplement les contenus des chakras du haut, il en résulte de jolies expériences et la certitude d'être devenu une personne bien, mais à part ça pas grand-chose. Quant à ceux qui déclenchent la Shakti sur le bas par mégarde, comme ils n'en savent pas davantage que ceux qui n'y connaissent rien, cela fait en général plus de mal que de bien.
On pourrait nous objecter que nous faisons la même erreur que les autres : dire que notre voie est la meilleure. Sauf que nous ne faisons pas de publicité pour une voie en particulier. Notre méthode consiste à acquérir une connaissance minimale de plusieurs voies très différentes, afin d'avoir une bonne idée du processus en tant que tel, indépendamment de la façon dont il est présenté, afin de pouvoir appliquer à son propre cas ce qui convient au bon moment.
Sachant cela, lorsque nous lisons des expériences spirituelles, nous reconnaissons à chaque fois un phénomène particulier, ou un type de développement spécifique, qu'invariablement son auteur prend pour la totalité de ce qu'il y a à réaliser. On comprend que l'obstacle le plus répandu sur la voie, c'est de prendre la partie pour le tout.
Par exemple il y a trois types d'expériences spirituelles, vacuité, clarté, béatitude. Le bouddhisme va insister sur la vacuité, le néo-hindouisme sur la béatitude, et certaines voies ésotériques sur la clarté. En conséquence de quoi, lorsque chacun éprouvera l'expérience favorisée par sa voie, il dira : " c'est cela la réalisation, et ce qu'expérimentent les autres, ce sont seulement des expériences ", alors qu'en fait il est exactement dans le même cas qu'eux. Le bouddhiste occidental dira " ce qu'il faut atteindre c'est la paix ", et il n'accordera de valeur qu'à la paix. Pour l'hindouiste, c'est l'amour divin. Pour l'ésotériste, l'énergie est neutre fondamentalement. Si l'on a suivi les trois sortes de voies, on sait à quel point il est facile de tomber dans ce genre de mépris des autres écoles, par ignorance. Et si l'on n'est pas suivi par un maître qui connaît toutes les voies ou qui est au moins arrivé au bout de la sienne, on en restera là.
En bref, si nous demandons à Swami X comment empiler les gouttes blanches dans le canal central, il n'aura pas la moindre idée de ce dont nous parlons, et si nous demandons à Rinpoche Y, il nous répondra que nous devons tout reprendre à zéro dans sa classe où il dispense généreusement un enseignement standardisé qui ne conduira personne à l'état de Bouddha. En somme, nous en sommes réduits soit à suivre des méthodes qui ne conviennent pas avec des maîtres qui ne savent ni ce qu'ils ont fait sur eux-mêmes ni ce qu'ils font avec nous, soit à nous prendre en main. Vu les résultats de la première méthode, nous dirions qu'il n'y a pas grand-chose à perdre à essayer la deuxième, et beaucoup à gagner.
Pour paraphraser le Dr Manhattan, " the dharma is highly overrated ", du moins le contenu des enseignements, et apparemment c'est un fait admis. En Inde, lorsque vous vous mettez au service d'un maître, vous y passez votre vie et vous n'avez aucune garantie du résultat, en tous cas pas dans cette vie. Cela ne dérange personne. Après avoir fréquenté quelques swamis, nous dirions même que celui qui veut réussir dans cette vie n'est pas quelqu'un de politiquement correct. Il faut être patient, tout donner pour avoir peut-être la chance de recevoir quelques miettes à la Saint Glinglin. Dans le bouddhisme tibétain, nous pratiquons pour avoir l'honneur insigne de nous réincarner en tibétain, il ne faut pas espérer autre chose.
D'où les distances prises par les maîtres à l'égard de ceux qui auraient l'outrecuidance d'essayer de voler le feu de l'Olympe, sans avoir passé mille années en se(r)vice désintéressé. D'ailleurs il est bien possible qu'après mille ans de karma yoga, on puisse de réincarner en individu doué, qui réalisera une partie de sa nature sans savoir comment. Mais cela ne nous intéresse pas, nous ne souhaitons pas nous réincarner de semi-maître en semi-maître après nous être réincarnés de pigeon en pigeon.
Notre constatation, c'est que si l'audacieux ne peut recevoir l'aide des maîtres humains, il peut recevoir celle du Ciel, qui répond bien plus promptement aux prières que les Swamis et Rinpoches. Et pour cause, qui saurait s'interposer entre nous et Dieu ? Les maîtres humains ont tous des agendas dissimulés, mais Dieu n'en a pas. Rien ne nous oblige à construire 15 ashrams et 30 gompas avant de recevoir une méthode qui fonctionnera pour nous, si ce n'est notre incapacité à nous adresser au Ciel. Alors que l'on ne peut même pas demander à un maître humain ce qui est de l'ordre du possible, on peut demander l'impossible à Dieu (ce qui nous fait penser que nous avons un article à écrire sur le darshan entre amis…).
Pour finir, rappelons que la non-rébellion contre le système n'est valorisée que par ceux qui recherchent la paix ou l'obéissance, mais si c'est la Shakti qui est valorisée, il n'y a aucune raison de se tenir " tranquille ", ni de ne pas faire de vagues. Au contraire. Les émotions négatives sont une grande source d'énergie si on sait les manier, contrairement à la tranquillité béate qui se finit invariablement dans l'acédie.