Compréhension
et réalisation par
Sherlock Les enseignants font souvent la différence entre
"comprendre" et "réaliser". Par exemple, comprendre
intellectuellement la notion de la vacuité, ou bien la réaliser,
sachant qu'il existe évidemment de nombreux niveaux de réalisation.
Maintenant on pourrait poser la question de savoir plus précisément
ce que signifie "réaliser". Par exemple, comment sait-on
qu'on a réalisé ce qui est écrit dans un texte, et
à quel niveau. Monsieur Lambda dira "on le sait, c'est tout",
ou encore "on le voit, c'est tout", mais puisque les réalités
spirituelles ne sont pas vues avec l'oeil physique et qu'il existe de
nombreux niveaux de vision, on n'est pas plus avancé. Le sens réel de ces strophes peut être trouvé dans les témoignages des grands pratiquants. Ce qui est décrit correspond à ce qui est expérimenté à la quatrème étape de la 3è vision de thögal (Vision du Paroxysme du Discernement) : Dans la mesure où toutes les apparences sont (alors)
scellées par lEspace, (Yab sras don rgyud, cité par Jean Luc Achard dans Le corps darc-en-ciel (ja lus) de Shardza Rinpoche illustrant la perfection de la voie rdzogs chen) Maintenant que nous savons que "réaliser"
le sens de ces strophes de la Prière royale signifie "en être
à la fin de la 3è vision de thögal", et à
supposer que nous ayons une compréhension suffisante de ce que
sont les visions de thögal, 1) nous savons que nous en sommes fort
éloignés 2) nous pouvons partir à la recherche d'une
réalisation "analogique" au sein de notre expérience,
qui nous permettra de bénéficier partiellement de ce texte.
De même qu'il existe une claire lumière ultime et des claires lumières analogiques, qui sont les reflets plus ou moins contaminés de la première, nous pouvons constater qu'il existe des versions contaminées des visions de thögal, qui sont les visions de l'imaginal. Comme nous l'avons dit ailleurs, l'imaginal n'est pas le fruit de notre imagination débridée, c'est une intuition des visions pures qui prend la forme que nous sommes capables d'appréhender, en fonction des possibilités de notre corps subtil. Ici, il s'agit d'infuser par l'esprit une "infinité" (celle que nous pouvons concevoir) de bouddhas dans l'espace qui nous entoure, y compris les murs et les serviettes de bain, et d'observer le résultat. Soit il y a une hétérogénéité complète de notre vision physique et des bouddhas en question, auquel cas il s'agit d'imaginaire, et nous ne comprenons absolument rien au texte, soit les bouddhas s'agrippent dans les murs et les serviettes avec leurs petites mains, et nous obtenons l'impression plus ou moins nette qu'ils s'y trouvent bel et bien, quoiqu'à un autre niveau. Cest qu'il y a là un certain degré d'imaginal, qu'il appartient à chacun de définir, en fonction de sa netteté, de sa puissance inspiratrice ou purifiante. Sachant que si l'on y travaille, il peut s'approfondir. Il ne s'agit donc pas de dire "cela ne nous concerne pas", mais d'utiliser les reflets de ces réalités auxquels nous avons accès pour nous hisser vers des degrés plus élevés. Application à la pratique du Refuge. En ce qui nous concerne, nous avons toujours eu quelque
difficulté à visualiser l'Arbre du Refuge, cela n'avait
tout simplement pas de sens - dit autrement, il s'agissait d'imaginaire,
et il s'agit toujours d'imaginaire. En revanche, si nous appliquons les
descriptions citées plus haut à notre environnement, notre
perception change de qualité et nous voyons émerger des
visions imaginales, qui en tant que telles tirent plutôt du côté
de la spontanéité, à savoir qu'elles se développent
organiquement à partir d'elles-mêmes et supportent difficilement
la contrainte. Une légère intention peut cependant les infléchir
en direction d'un Arbre de Refuge, qui sera alors personnalisé
et adapté au pratiquant. |