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Karma, pensées discursives
et vents contaminés par
Sherlock
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Roue
du samsara
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Lorsque nous parlons du karma, beaucoup de gens nous rétorquent
qu'il n'y a rien de tel, que si ça existait ça se saurait,
et que la plupart des événements sont le fruit de la chance
ou du hasard. Nous n'allons pas gloser sur les causes karmiques éventuelles
du crash de l'airbus A330, car même si nous étions omniscients,
ce que nous ne sommes pas, tout ce que nous pourrions dire serait invérifiable
pour le lecteur. Nous allons donc nous en tenir à ce qui est vérifiable
par l'expérience immédiate, et qui peut donc constituer
la base d'une pratique.
Le karma, c'est la loi de cause à effet. C'est donc
l'endroit où notre liberté ne s'applique pas. On n'est
plus "plus ou moins libre" : à un instant t, on est libre,
ou agi. Afin de déterminer notre part de karma et de liberté,
il nous suffit d'examiner notre esprit. Le karma se manifeste par exemple
sous la forme de toutes les pensées automatiques que nous avons,
celles qui défilent dans notre esprit sans que nous puissions les
en empêcher, quand bien même nous le souhaiterions. L'instant
de liberté, c'est l'instant précis où nous prenons
conscience de ces pensées, en un éclair. Sur une minute,
combien expérimentions-nous de micro-secondes de liberté
? Car chacun le constate, l'instant de la prise de conscience ne dure
pas. Même si l'on s'essaie à le faire durer, les pensées
recommencent à tourner, au sein même de notre soi-disant
vigilance, preuve qu'elle n'est qu'un fac simile de la véritable
liberté. Cette liberté, c'est l'instant de lucidité
qui seul a pouvoir d'interrompre véritablement les chaînes
karmiques, et qui se produit plusieurs fois par minutes chez l'individu
au karma pas trop chargé, mais seulement quelques fois dans la
journée pour nos grands-mères aux gouttes desséchées.
L'équivalent de cet instant dans le sommeil, c'est le moment où
le rêve devient lucide. Chacun conviendra que c'est assez rare,
si cela se produit deux ou trois fois au cours d'une nuit, c'est déjà
énorme. Tout le reste est karma, enchaînement à des
situations qui ne nous laissent aucune liberté.
La caractéristique du karma, c'est qu'il n'est
pas modifié par le désir de s'en débarrasser.
Mais c'est déjà un résultat de le voir clairement,
car peu s'en rendent véritablement compte.
Afin d'améliorer notre perception, nous pouvons essayer de méditer
dans un moment d'agitation usuelle. Un examen honnête nous montre
que nous sommes agis par une force qui ne dépend nullement de notre
désir de l'arrêter. Au mieux nous la faisons changer de direction,
comme un torrent qui rencontre un arbre. Si nous parvenons à rester
en place pendant un certain temps, il se peut qu'elle se calme, à
ce moment nous sombrons probablement dans la torpeur. Il s'agira de la
même force, mais immobile cette fois. Une façon de mesurer
cette force sous sa forme immobile, consiste à nous demandez ce
qui nous empêche, lorsque nous sommes calmes et apparemment non
perturbés, d'être dans l'amour divin. C'est une sorte de
mur, ou de glu, quelque chose qu'il est impossible d'écarter d'un
geste de la main. Songeons maintenant à ce qu'est notre journée.
C'est la même chose, en pire. Si nous pouvons mesurer la force
contraignante qui s'exerce sur nous dans les circonstances propices de
la méditation, nous pouvons avoir une vague idée de ce qui
s'exerce sur nous au cours de la journée quand nous n'y prenons
pas garde.
Plus on observe clairement le phénomène, plus
il est facile de déterminer les méthodes qui agissent réellement
dessus, puisqu'on devient capable de mesurer leur effet. La présence
d'un maître, par exemple, est très efficiente, car un maître
a le pouvoir de remplacer nos vents contaminés par ses vents purs.
En revanche, il a très peu d'influence sur la source de la contamination,
autrement dit il faut rester de nombreuses années auprès
de lui, du matin au soir, pour que le nettoyage soit important.
Pour nous pauvres occidentaux qui n'avons pas ce loisir,
il nous faut soit envisager de mourir idiots, soit nous décider
à pratiquer une sadhana digne de ce nom, c'est-à-dire incluant
des méthodes efficaces.
Dans les moyens qui sont à notre disposition, il
y a deux niveaux :
- les méthodes du stade de génération, consistant
à cultiver la dévotion pour un maître ou une divinité
d'élection. Cette méthode est connue dans toutes les traditions,
son inconvénient principal tient à ce qu'elle dépend
de notre humeur, autrement dit de notre volonté bonne, ainsi que
de notre inspiration. Autrement dit, si nous sommes en colère par
exemple, celane fonctionnera pas. Il faudra commencer par des méthodes
physiques, yogas ou prosternations, qui remettront un peu d'harmonie dans
la circulation des vents. Il faut donc compter deux bonnes heures de pratique
au total pour nettoyer une perturbation.
- les méthodes du stade d'accomplissement, pranayamas et
yoga de tummo, qui ont l'avantage de ne dépendre que d'un minimum
de force physique (il ne faut pas être trop malade ou fatigué).
Pour le reste, en fonction du niveau de pratiquant et du niveau d'agitation,
10 à 30mn peuvent suffire. Quand on mesure ce qui est enlevé
en si peu de temps, c'est proprement miraculeux. Le second miracle, c'est
que par la réduction du temps nécessaire pour obtenir un
résultat - en l'occurrence le désengluement de toute pensée
discursive -, il devient possible de l'appliquer à chaque nouvelle
perturbation, ce qui permet de rester dans un état relativement
clair tout au long de la journée.
Corrélativement, on n'identifie plus l'ego comme
une sorte d'entité mystérieuse qui nous posséderait
contre notre gré, mais simplement comme la somme de tous ces mouvements
sur lesquels nous avons maintenant un moyen d'action, ce qui inverse totalement
la perspective. Il ne s'agit plus de se tancer, de se sentir coupable,
de se retenir, de s'obliger... Nous accédons à la perception
claire que toutes nos humeurs, sentiments et "opinions" sont
l'effet d'une contamination des vents, qu'il nous est possible de purifier.
Sur le long terme, l'expérience nous montre qu'il est possible
de déraciner nos vasanas les mieux enracinés simplement
en approfondissant la méthode. Notre état se ramène
à une question de diligence, rendue possible par la purification
de nos tendances karmiques, et nous cessons progressivement d'être
agis pour devenir acteurs de notre vie.
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