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L'homme moderne est tellement habitué au virtuel qu'il est prêt à prendre n'importe quelle vessie pour une lanterne. C'est ce qui a permis au bouddhisme tibétain de s'implanter, sur la foi de mensonges dont les maîtres, soit ne sont pas conscients, soit font semblant de ne pas être conscients. Le plus important de ces mensonges, c'est celui de la lignée. "Vous faites partie d'une lignée, et donc cela vous garantit un chemin sûr". Une lignée, c'est un peu comme une grande famille. Mais au fait, qui décide que l'on fait partie d'une famille ? Par exemple, si nous décidons maintenant que nous faisons partie de la famille royale d'Angleterre, cela change-t-il quoi que ce soit ? Et même, si la Reine nous tape sur l'épaule en privé un jour, en nous disant "maintenant, tu fais partie de la famille !", avant de nous renvoyer chez nous, pouvons-nous par exemple aller voir notre banquier en lui demandant de nous accorder un prêt sous ce prétexte ? Non, car notre banquier n'est pas fou. Il sait que c'est la famille qui décide de nous adopter ou non, qu'il doit y avoir des preuves, des signes, et que tous nos décrets personnels d'y changeront rien. Avec les lignées tibétaines, c'est la même chose. Les regarder avec nos grands yeux plein d'espoir, comme un petit enfant derrière une vitrine de Noël, est loin de garantir notre appartenance. Reprenons les choses par le début. Dans la plupart des histoires de maîtres et de disciples, le disciple vit avec le maître, sous son toit, le maître prend soin de lui personnellement pendant des années, avant de le renvoyer dans le vaste monde. Et c'est d'ailleurs ce que nous voyons dans les lignées tibétaines, si nous lisons les biographies des maîtres. Le tulkou moyen naît fils de tertön, sa mère est une émanation de Tara, et pour ses Préliminaires, et sa première retraite de 3 ans, on l'enferme avec un vieux maître, qui va bien sûr lui parler de ses propres maîtres et de leurs maîtres et ainsi de suite. Souvenons nous aussi de l'histoire de Tenzin Wangyal et de Tenzin Namdak. Un jour, quelqu'un a confié le jeune Tenzin Wangyal à Tenzin Namdak qui a l'époque était déjà un grand maître en lui disant qu'il fallait bien s'occuper de ce jeune tulkou prometteur, en conséquence de quoi le vieux maître s'est occupé en tout du jeune tulkou, qui s'est retrouvé logé nourri blanchi. C'est ainsi que se fait la connexion à la lignée. L'on voit déjà que pour les moines qui viennent d'un autre famille, ou d'un autre pays, le traitement est complètement différent. Le Vénérable Lobsang Tenzin, si l'on en croit sa biographie n'a jamais bénéficié de ces traitements de faveurs, bien qu'il fût un retraitant méritoire. Autrement dit, le fait d'être tibétain, moine et bon pratiquant n'ouvre pas l'accès à une quelconque lignée, pour peu qu'on soit né dans une famille non reconnue. Il en est allé de même pour Tenzin Palmo, la nonne anglaise, qui bien qu'ayant été reconnue comme la réincarnation d'un ancien disciple de Khamtrul Rinpoche, a été fort mal traitée dans l'ensemble. Comparée à d'autres, il semble que le résultat s'en ressente, malgré douze ans de retraite dans une grotte. Alors ne parlons pas des Occidentaux qui ne sont ni moines ni retraitants. Pour nous l'accès à la lignée s'ouvre à la 10è terre, c'est-à-dire au moment où nous avons les mérites suffisants pour voir les bouddhas de nos propres yeux. Le seul problème, c'est que pour parvenir à la 10è terre, il nous faudrait soit appartenir à une lignée, soit aller manger des racines dans une grotte pendant 15 ans, et dans ce dernier cas rien n'est garanti. Tout le reste, c'est du discours, des belles paroles que nous sommes assez naïfs pour croire. Peut-être que si nous faisons un don de dix millions d'euros, nous aurons droit à une place à la table du lama, mais certainement pas aux instructions qu'il donne à ses tulkous. C'est dire si nous sommes loin du compte. Quant à ceux qui penseraient que leurs visualisations sont suffisantes, demandons-leur combien de fois les maîtres de la lignée sont venus leur révéler des termas, leur donner des initiations personnelles, et combien de fois les Protecteurs sont venus jouer au foot avec eux ? Relisons les biographies de tulkous, comparons nos vies et notre éducation avec les leurs. On peut s'imaginer que le séquoïa qui essaie de pousser dans la cave sera aussi grand que celui qui pousse dans la forêt, après tout l'imagination ne mange pas de pain. Lama Yeshe écrit qu'une véritable initiation nous donne la force de pratiquer tout le temps, et de nettoyer tous les voiles jusqu'à la réalisation. Selon ce critère, il est clair que nous n'avons jamais reçu une seule véritable initiation. Cela éclaire sous un jour nouveau l'histoire de Marpa et de Milarepa. Un esprit naïf pourrait s'imaginer que ce pauvre bougre de Milarepa a trimé pendant des années pour recevoir ce qui est maintenant donné à tous en sessions publiques, initiations tantriques et instructions essentielles. Les maîtres n'annoncent-ils pas que tel jour à tel endroit ils vont donner des instructions essentielles ? Ou encore la présentation à la nature de l'esprit ? La vérité, c'est que Milarepa était plus intelligent que nous : lui, n'a pas gaspillé son temps et son énergie pour un maître qui n'allait jamais rien lui donner. Ce que l'oeil voit et l'oreille entend en session publique, c'est le millième de l'instruction essentielle, ou de l'initiation. Le reste doit être forgé par des années d'amitié spirituelle véritable au cours desquelles le maître aura nourri le disciple de ses propres mains. Comme nous l'a dit un lama tibétain, le véritable maître est celui qui donne l'instruction essentielle ou présente la nature de l'esprit. Nous ajoutons : dans le sens où nous en parlons plus haut. Appartenir à une lignée, c'est avoir un maître qui s'occupe de vous au quotidien, comme si vous étiez son enfant. Le reste est un fantasme.
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