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Le grand foutoir taoïste
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En nous promenant (encore) sur le web (quoique les bords de Marne seraient
certainement meilleurs pour la santé, et nous permettraient de
vous rapporter des jolies photos de canards), nous sommes tombés
sur la nouvelle mode taoïste : le Kan and Li. Apparemment c'est Mantak
Chia qui a inventé ça. Nous disons " inventé
" parce que ça nous fait fortement penser aux livres d'un
auteur ésotériste que nous connaissions, qui inventait des
méthodes en les présentant comme des enseignements traditionnels.
C'est facile. Il connaissait bien son sujet. Il s'asseyait, il attendait
que les idées saugrenues lui viennent, et pour sûr elles
venaient. Les livres derniers de Mantak Chia (The Lesser Kan and Li, The
Greater Kan and Li, The Greatest Kan and Li trouvables sur Rapidshare)
nous semblent avoir été rédigés exactement
selon le même principe. Il a une bonne connaissance des principes
de base du taoïsme, mais bon, l'alchimie taoïste, c'est comme
les 6 yogas de Naropa, c'est pas demain qu'on va se retrouver avec le
corps illusoire. Donc il est bien plus drôle de fabriquer du nouveau
en laissant vagabonder son imagination, tout en respectant les règles
connues bien sûr. Il y a toujours de la place pour du nouveau. Quoi
qu'il en soit, au stade supérieur de la pratique, il ne s'est toujours
pas avisé qu'il existait des gouttes, bien qu'il parle sans arrêt
d'essence solaire et lunaire et en plus il a tout inversé. Il nous
met l'essence lunaire en bas, l'essence solaire en haut, et roule ma poule.
Quant à l'embryon d'immortalité, c'est une sorte de lumière
qui vous tombe du ciel. Vu le nombre de gens qui voient des trucs tomber
du ciel c'est sûr que ça allait avoir du succès.
Du coup, les immortels ont fleuri sur notre belle planète, et maintenant
ils proposent des séminaires pas chers mais un peu quand même.
Comme le dit UG, la plupart des écrits spirituels sont de pures
inventions. Il pense que c'est le cas des Vedas, et sans nous prononcer,
la question mérite d'être posée.
En fait, nous rencontrons sur internet tellement de personnes se prétendant
réalisées, de faux gourous et tout le reste que le question
se pose de savoir si ces escrocs ont fleuris récemment, ou s'ils
n'ont pas existé de tout temps. D'après UG, sa maison était
déjà pleine de swamis escrocs et de faux saints, à
l'époque de sa jeunesse. A partir de là, pourquoi ne pas
imaginer que la littérature " traditionnelle " est farcie
de fakes ? C'est sans doute pour cette raison que certaines lignées
ont interdit d'augmenter leur corpus par des commentaires, comme le ZZNG.
En effet, avec le temps, plus personne ne saura distinguer entre les commentaires
de maîtres authentiques ou de fous délirants. On décide
donc dès le départ que le texte ne subira pas d'ajouts et
ne sera pas commenté. Peut-être qu'on y perdra quelque chose,
mais on y gagnera surtout que dans 1000 ans, il restera au moins un chemin
certain au milieu des délires psychotiques des uns et des autres.
Cela dit, Mantak Chia doit être fier de lui. Il a fumé un
peu de moquette, réinventé le taoïsme, et ça
s'est répandu partout comme une traînée de poudre.
7000 occurrences Google pour " Kan and Li ", ce n'est pas demain
la veille que nous en trouverons autant pour la théoscopie. Mais
c'est peut-être mieux. Nous ne voudrions pas que des gens s'en emparent
et se mettent à l'enseigner
Nous fondons ordinairement notre perception de autres sur le fait qu'ils
ne vont pas mentir volontairement. Mais qu'est-ce que mentir volontairement
? Peut-être que Mantak Chia croit réellement être un
tertön. Notre
ami ésotériste était lui-même très confus
quand au statut de ses " découvertes ". Certains jours
il nous disait qu'il avait tout inventé et que ses lecteurs étaient
assez idiots pour le croire. D'autres jours il nous disait qu'il avait
été inspiré par des instances supérieures
et que les lecteurs savaient le reconnaître.
L'esprit humain est très malléable, et nous ne pensons pas
que beaucoup de gens puissent supporter longtemps l'idée qu'ils
soient des escrocs. Autrement dit, puisqu'ils ne peuvent pas changer leur
manière de vivre, c'est leur manière de penser qui change.
Leur fonds de commerce devient un terma. C'est ce qu'a fait Ron Hubbard,
et apparemment le mécanisme est universel.
Quant aux personnes qui se disent réalisées et qui tapissent
le web par dizaines de milliers si ce n'est davantage, il suffit de voir
comment l'on décrit ses propres résultats en fonction de
son humeur. Il faut avoir beaucoup de mémoire pour arriver à
produire un mixte des bons jours et des mauvais. Ou alors il faut être
souvent d'humeur neutre. Nous avons eu récemment une discussion
avec un bouddhiste à qui nous expliquions que les lamas n'enseignaient
pas les véritables choses (déjà ça commençait
mal, remarquez), il nous a répondu que si nous avions été
déçu par notre lama c'était de notre faute (apparemment
il a cru lire ça entre les lignes) et qu'il existait plein de bons
disciples de par le monde, ce à quoi nous avons rétorqué
que dans ce cas il était difficile de comprendre pourquoi les lamas
se plaignaient eux-mêmes de la nullité de leurs disciples.
Ce type a tout compris (alors que cela fait 6 mois qu'il pratique), il
est hautement qualifié, et apparemment ne voit que le côté
positif des choses. Plus généralement, il y a une loi non
dite sur internet et ailleurs, qui est que dans les milieux spirituels,
on doit croire tout ce que disent les gens. Si quelqu'un dit qu'il a réalisé
telle chose ou qu'il a eu telle expérience, il est très
incorrect de chercher les incohérences de son discours et de prouver
qu'il mitonne. Pourtant, il nous semble que ce serait une oeuvre de bienfaisance,
que de fonder une école où l'on apprendrait aux gens à
reconnaître le mitonnage spirituel, afin de pouvoir classer les
discours en fonction de leur degré de fiabilité. Ce serait
plus utile que de se congratuler les uns les autres.
Mais comme nous l'expliquions dans un récent article, il est vraiment
difficile de voir les deux faces des choses, surtout simultanément.
Pourtant les deux faces de la médaille sont forcément interdépendantes.
Prenons le cas des tibétains, pris dans une sorte de deadlock karmique
avec les Occidentaux. Refusant d'enseigner ce qu'ils savent parce que
nous ne le méritons pas, et désespérés que
personne ne progresse. Ils font ce qu'ils ont à faire, les occidentaux
aussi, et le résultat est un blocage complet, comme deux cerfs
qui se sont emmêlés les bois et qui meurent bêtement
dans la neige.
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