Le jour où le Saint Esprit fit son apparition

Beaucoup de personnes nous semblent manquer singulièrement d'imagination consciente. C'est certainement normal, puisque le stade de génération consiste à rendre conscient ce qui est inconscient, et ensuite à le régénérer depuis sa source. On notera d'ailleurs que cet imaginaire inconscient a fait la fortune de la PNL et de ses tenants, mais que l'on ne peut considérer leur approche comme valide dans la mesure où leur technique consiste à le modifier depuis l'esprit ordinaire.

Prenons une personne qui doit rentrer chez elle en vélo, en pleine nuit, et par temps de pluie. A chaque fois que l'idée de devoir rentrer va l'effleurer, elle va ressentir un malaise. S'il s'agit d'une personne ordinaire, elle n'ira sans doute pas chercher plus loin. Si un PNListe se trouve dans la pièce, il lui demandera de lui décrire son trajet de retour tel qu'elle l'imagine, pour en traquer les submodalités et les modifier. Ce qui melheureusement ne suffit pas à constituer une terre pure. La vraie solution dans ce cas serait de recevoir un darshan ou de faire n'importe quelle pratique apte à modifier la source des images déplaisantes (les vents circulant dans les canaux).

Quoi qu'il en soit, devenir conscient de notre imaginaire, ou plus globalement de nos contenus inconscients, ne permet pas seulement d'être plus confortable en vélo sous la pluie ou de meilleure humeur, c'est une grande aide à la pratique. En effet, nous sommes bloqués par un grand nombre de croyances inconscientes, qui existent sous formes d'images et de sensations entretenues dont nous n'avons absolument aucune conscience, tout simplement parce qu'elles nous sont habituelles.

C'est le plus grand problème de la pratique, à savoir que nous nous appuyons sur des schémas inconscients erronés (perceptions et conceptions). Nous devons donc avoir une grande sensibilité nous indiquant la moindre modification dans ces schémas, afin de pouvoir changer de direction. Car la nouveauté ne s'annonce pas forcément par un changement brutal, elle est souvent imperceptible. Les plus grandes compréhensions peuvent naître de détails insignifiants, si on sait les repérer.

L'autre jour par exemple, nous étions en train de réciter poussivement quelque mantra, en cherchant bien à quel morceau de terre pure nous pourrions nous raccrocher à ce moment pour ne pas perdre notre temps. Finalement l'image d'un récent darshan nous est venue, et nous avons commencé à chercher l'élément précis qui fondait l'efficience de cette image particulière. Ce qui signifie faire le tri dans toutes les impressions qui peuvent s'en dégager. En fin de compte il nous est apparu que ce qui avait fait la puissance spécifique de moment, c'est que le gourou en question a outrepassé les règles de son propre darshan (qui sont écrites en clair dans un fichier envoyé à tous les participants) pour nous honorer de sa grâce. Nous n'en avons pas déduit que nous étions une personne exceptionnellement méritante (si c'était le cas, ça se saurait), mais plutôt que Dieu est vraiment miséricordieux, et pas seulement juste. Et qu'en outre il pouvait devenir notre ami, car son attitude à cette occasion était autant celle d'un ami que d'un maître. C'est à cet instant précis qu'une grande vérité s'est fait jour : que ceux dont Dieu devient l'ami, par décret de sa miséricorde, ont toutes les chances de sortir de leur situation misérable, alors que les autres en ont bien peu.

Petit oiseau sur le dos d'un aigle (qui représente le Saint Esprit)

Pourquoi ? Non parce que le bras puissant de Dieu va nous sortir de la boue comme une grue qui sortirait un hippopotame des sables mouvants, mais parce que la pauvre créature, se voyant aimée en dépit de son indignité, ne peut qu'éprouver de la reconnaissance et de l'amour en retour. Tous les saints chrétiens en témoignent. Autrement dit, ce qui sort réellement l'hippopotame du marécage, ce n'est pas la main qui se tend vers lui, ce sont les ailes qui lui poussent en voyant cette main. Ces ailes, ce sont le Saint Esprit lui-même, qiui procède du lien d'amour entre les Personnes, d'ailleurs représenté sous la forme d'une colombe. Il nous est ensuite apparu que ce que nous avions vu jusqu'à présent n'était pas de nature à faire pousser des ailes : files de darshan de quinze kilomètres qui ressemblent à des batteries pour volailles, enseignements standardisés à l'usage des foules, gourous toujours trop pressés, toujours à l'écart. Comme nous l'a signalé une lectrice, il y a des maîtres qui peuvent aimer indistinctement tout le monde. Mais c'est bien le problème : l'amour indistinct n'est pas ce qui convient aux Personnes. Et d'ailleurs les tulkous bénéficient d'attentions parfaitement disctinctes. On ne les réunit pas en troupeaux indistincts dans des grandes salles, avec des instructions générales.

C'est ce qui apparaît très clairement à la lecture du blog du Drukpa : les Tulkous et Rinpoches réservent envers leur propre caste toutes les attentions particulières, l'indistinct et le général restant le lot du bon peuple, que nous dénommons gibier de sangha. Nous ne le leur reprochons pas, les attentions distinctes étant par définition limitées, il est plus logique de les réserver aux plus méritants. Ce que nous leur reprochons c'est de ne pas dire aux pratiquants sincères qu'ils n'ont nulle intention de les aider et qu'ils doivent aller voir ailleurs, là où quelqu'un d'autre aura le temps de s'occuper d'eux. Au lieu de ça, ils leur font perdre un temps précieux. La plupart de ces grands boddhisattvas enseignent la patience, et c'est bien normal, car ils sont prodigues du temps des autres. Mais il faut bien le dire : les conseilleurs ne sont pas les payeurs. La vie est courte, et pendant que vous êtes en train d'attendre patiemment que Rinpoche veuille bien se pencher sur votre cas, ce qu'il ne fera jamais car les tibétains suivent la règle du mérite plutôt que de la miséricorde, c'est ce qui leur a permis de se constituer en castes de de maîtres - pendant ces années d'attente, disions-nous, vous pouvez fort bien passer sous une voiture, et toute votre patience n'aura servi qu'à payer le Centre de votre gourou putatif. Quant à vous, vous voilà dans les bardos, croulant sous le poids de votre karma. Peut-être d'ailleurs que votre gourou viendra vous y récupérer afin de vous inclure dans sa prochaine sangha lors de votre vie suivante, de la sorte vous pourrez lui payer son prochain Centre. Mais en ce qui concerne les véritables transmissions, celles qui seraient susceptibles de vous sortir du samsara, c'est une autre paire de manches, il vous faudra vous réincarner en tulkou pour en bénéficier, et les places sont chères.

Nous examinerons dans un prochain article la solution que nous avons trouvée, pour ceux qui ne peuvent pratiquer 24h/7j dans une grotte (voie des mérites), ni n'ont été pris en amitié par un gourou réalisé (voie de la grâce). En effet, il existe une façon de forcer la miséricorde divine (aussi invraisemblable que cela puisse paraître)...