Les chemins de terres pures

Comme l'a dit récemment un ami : "finalement, les routes du paradis et de l'enfer sont les mêmes". Il n'y a qu'un petit quelque chose qui change. Et nous allons le prouver une fois de plus.

En spiritualité, on trouve, en dehors de l'état naturel, deux grands types d'instructions : "être dans l'instant présent", et "penser à Dieu tout le temps". Nous allons montrer que le sens conventionnel de ces formules est à l'opposé de ce qu'il faut en faire.

En effet, qu'est-ce que rester dans l'instant présent ? Si nous examinons les enseignements qui parlent du sujet, nous voyons que cela consiste(rait) à observer les sensations externes et internes + pensées, sans rien y changer, et surtout sans rien y ajouter.

Par exemple, nous sommes tranquillement assis chez nous, et nous entendons la pluie. Automatiquement, un petit bliss apparaît, lié à tout un tas de souvenirs liés à la pluie. Mais là, nous nous souvenons qu'il ne faut rien ajouter, donc nous écoutons neutrement la pluie, oublions les souvenirs... et le bliss disparaît. On comprend mieux pourquoi les pratiquants de zen et de vipassana sont tellement sinistres. Ils coupent volontairement tout chemin vers la terre pure, espérant sans doute réaliser le dharmakaya sans terres ni chemins. Le seul problème, c'est que cet instant présent qu'ils chérissent tant n'est rien d'autre que le fruit de leurs perceptions erronées provoquées par leurs vents contaminés, une image mentale fallacieuse, à la fois terne et solide, prétendant être le "réel". Nous ne voyons pas comment cela pourrait conduire où que ce soit.

Au lieu de suivre nos vents contaminés, nous pouvons à l'opposé suivre le "chemin de la terre pure", ce qui nécessite d'avoir quelque perception de l'effet des images sur les vents : plus proche du canal central (+), plus loin du canal central (-). Par exemple, l'image de la maison de campagne de notre enfance vient se superposer : +. On garde. Ensuite l'image de la grand-mère : -. On jette. Images d'arbres : +, on garde. Arbre en Savoie : -, on jette. Arbre sur une planète inventée, autour de la villa de notre Ishata Devata n°2 : ++. On garde. Etc... On s'aperçoit qu'il existe ainsi une sorte de fil d'Ariane. En suivant ce qui est bon et en jetant ce qui est mauvais selon le degré de proximité avec la terre pure, les vents se rapprochent du canal central de plus en plus et finissent dedans. Il faut laisser les images se présenter de manière relativement spontanée, mais trier, en fonction de la sensation énergétique. Tout cela connecté au son de la pluie dehors. A force, l'idée nous vient que l'image de la réalité conventionnelle additionnée au manque d'imagination n'a pas de réalité intrinsèque.

En réalité, rien de tout ce que nous montrent nos cinq sens n'est réel. Ce qui est réel, ce sont les champs infinis de bouddhas dans chaque atome, mais en attendant de les voir, si l'on choisit de discréditer la réalité conventionnelle et de créditer les chemins des terres pures, nous réalisons qu'en effet la réalité n'est que ce que nous décidons.

Pour ce qui est de la pensée de Dieu, c'est la même chose : la pensée de Dieu, conventionnellement parlant, est une image mentale assez limitée forgée à partir de différentes croyances plutôt localisée dans le surmoi (au sens psychologique), et qui en outre ne concerne que les chakras du haut. Ce qui explique que les mantras endorment tout le monde. A force de tourner en rond dans une série de représentations idéalisées et limitées, qui par ailleurs ne correspondent même pas à nos chemins de terres pures dans la mesures où elles sont généralement définies de l'extérieur, nous immobilisons nos vents et tombons dans lesommeil.

Penser à Dieu n'a rien à voir avec ce que cela prétend signifier. Le pratiquant conventionnel va méditer sur des représentations plus ou moins variées de son gourou, très peu diversifiées car toujours idéales, et tendant de ce fait à devenir statiques. Mais Dieu n'est pas cet assemblage d'images dont nous pensons idiotement qu'elles vont nous conduire au ciel si nous nous hypnotisons dessus suffisamment longtemps. Dieu c'est la vacuité dont nous n'avons pas la perception directe, autrement dit, ce qui en est le plus proche de nous, ce sont les chemins de terres pures, qui suivent les bliss de vents et de gouttes. Dieu n'a pas la tête d'Amma ou de Trucmuche Rinpoche, ou seulement très incidemment. Dieu, c'est une façon de regarder le monde et d'y associer des représentations imaginales, de façon à forger des vents de sagesse qui vont nettoyer nos karmas, réparer nos canaux et nous rendre moins idiots.

Bref, quelle est la différence entre cela et la rêverie, qui est paraît-il la pire chose à faire en méditation ? La rêverie usuelle est sans but car elle n'a nulle part où s'appuyer, alors que la rêverie imaginale est connectée à la sensation des vents dans les canaux. La première procure un certain bien être qui ne peut jamais évoluer car elle ne sait pas comment évoluer, alors que la seconde concentre le bliss et produit des vents de sagesse. Ajoutons que l'exemple cité plus haut est assez grossier, il s'agit de chose plus fines que cela, qui ne concernent pas seulement des images mais les cinq sens. On peut être sur une image de maison, et tout à coup sauter à une sensation dans son petit doigt, qui devient une sorte de forme énergétique indéterminée etc... A un moment il arrivera sans doute que l'esprit se retrouvera dans l'état naturel. Il y restera jusqu'à ce qu'il en sorte, et au lieu de se forcer à y rester, ce qui tuerait le dynamisme, il reprend ses chemins de terres pures.

En fait, si l'on regarde au cours d'une journée, il y a beaucoup de petits chemins qui se présentent, mais nous refusons de les voir, parce que nous avons l'habitude de ne pas y faire attention, ou même de les couper, sous prétexte que ça n'est pas "réel", et parce que nous n'avons rien compris aux conseils des gourous. Il ne s'agit pas de réduire son champ de perception en nous conduisant comme des robots dotés de capteurs sensoriels, mais de l'augmenter, sans discréditer ce qui est illogique, impossible ou inimaginable. L'esprit a de nombreuses dimensions.