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Le sens du dharma est l'exception, non la règle
Hier soir, écoutant un certain lama qui disait "Pour faire
telle pratique il faut avoir un lung (une "autorisation") sans
quoi c'est un peu comme si on volait quelque chose", nous nous sommes
dit "décidément les prélats de toutes les traditions
ont vraiment tout fait pour s'approprier Dieu, et interdire aux gens de
se passer d'eux. Quelle tristesse". D'autant que la pratique en question
appartient à l'humanité entière, puisqu'il s'agit
de yogas. Nous avons déjà entendu cela sous de nombreuses
formes. Mettre un copyright sur des vérités universelles,
voilà une idée puissante, et bien humaine...
C'est d'ailleurs ce qui a valu au catholicisme la grande baffe du protestantisme.
Les gens en ont eu assez que les autorités religieuses se mêlent
de légiférer leurs relations avec Dieu, alors qu'elles étaient
loin de tenir leurs promesses. De même, les brahmanes hindous ont
établi des milliers de règles concernnant les rituels et
la religion hindouiste plus généralement, tandis que les
lignées bouddhistes légifèrent l'accès à
leurs enseignements à coups de samayas. Ici vraiment la question
se pose. Est-ce que c'est pour protéger le dharma, ou pour se protéger
en tant qu'organisations séculières ? Nous voudrions croire
que c'est pour protéger le dharma, mais malheureusement, l'examen
des faits tend à montrer qu'ici comme ailleurs, c'est la nature
humaine qui légifère, plus que la miséricorde divine.
En réalité, si nous regardons l'oeuvre et l'action des Avatars,
nous n'y trouvons rien qui ressemble à la mainmise des prélats
sur la liberté des individus, ou à des directives allant
dans ce sens.
Nous ne disons pas qu'il ne devrait pas y avoir de règles à
la transmission spirituelle, mais quand ces règles se transforment
en lois, c'est là que la transmission manque son but. Comme chacun
sait, les règles sont faites pour les 99% qui ne comprennent pas
le sens des enseignements, mais lorsqu'elles ligotent les 1% restants
qui auraient la capacité de progresser, alors l'enseignement n'a
plus de sens en-dehors du maintien de la paix sociale. Or le sens du dharma
ne consiste pas à savoir vivre en troupeaux, puisque les animaux
aussi en sont capables.
Hier, nous avons entendu plus d'une parole alarmante dans ce sens. Que,
par exemple, l'autorisation officielle garantit d'être dans une
"lignée", et donc de faire des choses justes, et non
pas des choses qu'on aurait inventées soi-mêmes. Mais comme
nous l'avons dit dans un autre article, la lignée ne remplit absolument
pas sa fonction par rapport aux pratiquants qui auraient la capacité
de progresser. Mieux que cela, elle leur interdit la progression. Car
non seulement elle ne leur fournit pas l'amitié spirituelle
dont ils auraient besoin, mais en outre elle leur interdit de s'affranchir
de l'enseignement standardisé, qui par essence ne peut convenir
à personne.
Nous trouvons aujourd'hui que si le christianisme souffre d'une grave
erreur de vue dans sa conception - l'absence de la vue de la vacuité
-, le bouddhisme souffre d'une erreur tout aussi fatale - l'absence du
Saint Esprit -. Dans les deux cas, la loi générale est fausse
(ce qui permet d'éloigner les voleurs), et c'est son application
individuelle qui est censée la corriger. D'un côté,
le mystique chrétien, par l'épreuve de la nuit obscure imposé
par l'ami spirituel en la personne de Jésus, découvre le
sens véritable de la vacuité, tandis que le tulkou, par
l'amitié spirituelle que lui portent ses maîtres, découvre
le sens des Personnes et l'action du Saint Esprit. Autrement dit,
le sens réel des enseignements se dérobera par définition
au gibier d'église ou de sangha, qui n'a droit qu'à la version
industrielle. C'est d'ailleurs plus grave dans le cas du bouddhisme, car
ce qui est rendu impossible chez eux, c'est le stade de génération,
donc la clé est le lien d'amour personnel qui unit le Père
au Fils. Alors que ce qui est rendu impossible dans le christianisme,
c'est le stade d'accomplissement. Ceci explique que dans les communauté
bouddhistes, il y ait encore moins d'amour que dans les communauté
chrétiennes. L'effusion surnaturelle de l'amour divin est sciée
à la base, et elle n'est certainement pas remplacée par
la réalisation du sens réel de la vacuité, contrairement
à ce qui est généralement clamé. Cela se retrouve
d'ailleurs dans la négation du rôle de la Shakti dans le
bouddhisme à l'usage des foules - le Shakti étant l'équivalent
hindou du Saint Esprit. Nous n'en trouvons nulle trace, à aucun
endroit, bien qu'elle soit en réalité la clé de la
pratique. Les Rinpoches refusent d'en parler, tout simplement.
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En fin de compte, la tradition qui s'adapte le mieux aux changements
semble être l'hindouisme, avec la naissance du "néo-hindouisme"
(ainsi désigné par les sociologues). Et le changement a
dû être grand certes, car si l'on prend l'hindouisme traditionnel,
il n'y a rien dedans pour les Intouchables que nous sommes, en tant qu'Occidentaux.
Heureusement, plusieurs Avatars ont pris sur eux de décloisonner
ce système et de le rendre accessible à tous, Amma en donnant
son darshan personnalisé ainsi que l'initiation à un mantra
à tous ceux qui le demandent, Sai Baba en créant un corpus
de rituels accessible aux occidentaux. Ils ne sont pas les seuls, seulement
les plus connus, et bien que péchant par un certain manque de précision,
le néo-hindouisme nous semble aujourd'hui la méthode la
plus complète et la plus honnête, dans la mesure où
tous les ingrédients fondamentaux s'y trouvent à part égale
et bien visibles. Bien qu'ils soient en quantité insuffisante,
un oeil exercé saura les reconnaître et les compléter
si nécessaire.
Les maîtres bouddhistes nous interdisent de faire notre "petite
sauce", avec un peu de mantras, un peu de yoga, un peu de rituels,
un peu de méditation etc... et pourtant c'est précisément
ce que nous proposent les Avatars du néo-hindouisme. Le résultat,
nous l'avons constaté, c'est que les "sanghas" hindouistes
sont bien plus agréables. Nous prendrons simplement l'exemple des
corvées. Dans les sanghas bouddhistes, les corvées sont
précisément réparties, et nous n'hésitons
pas à déclarer que si ça n'était pas le cas,
elles ne seraient pas faites. C'est bien normal. Personne n'en envie de
travailler avec des gens qui ne sont pas particulièrement aimables.
A l'inverse, dans un groupe hindou que nous fréquentons, la règle
nous a été donnée par l'organisateur "chacun
fait ce qu'il veut". Résultat, on se marche sur les pieds
en cuisine tellement il y a de monde. De même, lorsqu'il a fallu
des volontaires pour aller éponger une tente en pleine nuit sous
la pluie, et ce pendant toute la nuit, il s'est trouvé qu'il y
en avait trop... C'est bien normal : tout le monde a envie de travailler
avec des gens sympas. Cela, précisons-le, en l'absence de gourou
réalisé pour diriger les opérations, la meilleure
approximation présente étant un channel parfois inspiré
parfois moins.
Bien entendu, il n'est possible de comparer que ce qu'on connaît.
Chacun voyant midi à sa porte, tout le monde se trouve toujours
bien là où il est. Mais lorsqu'on a été partout,
il faut bien reconnaître que la comparaison fait apparaître
des différences notables, qu'il y a des groupes plutôt sinistres,
et d'autres plutôt joyeux. Des gourous qui font la cuisine pour
leurs disciples, et d'autres qui se font servir leur repas. On nous objectera
que les seconds permettent de développer la dévotion, mais
nous posons la question : envers quel gourou développons-nous
le plus de dévotion ? Celui que nous servons tout le temps, ou
celui qui nous sert ne serait-ce qu'une fois ? Nous vous laissons
réfléchir à cette épineuse question.
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