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Le
Yoga Tantrique - Julius Evola
Un ami
m'a prêté ce livre que j'avais lu il y a une vingtaine d'années,
et revendu depuis, à l'occasion d'un grand ménage de printemps.
Comme chacun sait, Julius Evola n'est pas un auteur forcément très
fiable, mais ses défauts sont précisément ce qui
permet de mettre en lumière des aspects des traditions généralement
passés sous silence en Occident, notamment l'orientation peu démocratique
des traditions en général. En effet,on ne voit pas très
bien comment la notion de Dieu omnipotent ou de Maître omniscient
qui enseigne à un disciple ignorant qui lui doit totale obéissance,
peut se marier avec l'idéal démocratique où toutes
les voix sont égales en principe.
Bref, dans ce livre, l'auteur nous rappelle donc que les rituels védico-brahmaniques
dans leur ensemble sont réservés aux individus majoritairement
tamasiques, les paçus, qui composent actuellement l'écrasante
majorité de la population, tandis que les tantras sont réservés
aux individus rajasiques, beaucoup plus rares. On comprend également
que les individus sattviques, dans cette catégorisation, sont les
"pratiquants supérieurs" de Lopön Tenzin Namdak,
ceux qui sont aptes à la pratique du dzogchen - l'équivalent
tibétain de l'advaita vedanta -, un sur un million. Cela pour resituer
le contexte de ces enseignements. Nous croyons d'autant plus les propos
de l'auteur à ce sujet qu'il ne semble plus se considérer
lui-même comme un individu supérieur, comme il le pensait
dans sa jeunesse. Il faut dire que cet ouvrage a été écrit
sur la fin de sa vie, à une époque où il était
parfaitement conscient de son échec.
La première partie du livre, théorique, nous semble assez
sérieuse intellectuellement, l'auteur ayant lu les textes dont
il parle. Cela dit, on pourra sans doute trouver aujourd'hui des érudits
mieux renseignés, nous ne nous sommes donc pas attardés
dessus, et nous avons plutôt examiné la partie pratique,
afin de savoir ce qu'une personne non pratiquante intelligente pourrait
déduire des 6 yogas de Naropa, ainsi que de la lecture de textes
indiens. La conclusion est : pas grand-chose. L'auteur a bien vu l'importance
de l'imaginal, qui nomme imagination créatrice, ou imagination
vivante, sans toutefois comprendre de quoi il s'agit en pratique. Comme
de nombreux auteurs, il s'imagine que c'est une affaire de concentration
et de volonté, alors qu'il s'agit d'une affaire de dévotion.
La chose n'a pu que lui échapper, dans la mesure où il a
réussi le tour de force d'écrire un livre entier sur le
yoga tantrique et un autre sur le bouddhisme sans employer une seule fois
les mots de "dévotion" et de "compassion".
La clé de l'imaginal, c'est la transmutation de nos voiles émotionnels
en visions pures (d'un point de vue tantrique) par l'amour que nous inspire
le Divin. Pas la concentration mécanique sur une quelconque substance
mentale qui serait censée s'animer par un miracle dont l'Amour
serait absent.
Le reste, les pranayamas, la kundalini (mal identifiée de l'aveu
même de l'auteur), la claire lumière, tout n'est que spéculation
intellectuelle sans objet, l'auteur n'ayant pas réussi à
remettre les choses dans le bon sens, faute d'avoir identifié la
clé de voûte du mécanisme, la fonte des gouttes et
la dissolution des vents dans le canal central, autour de quoi tout le
reste s'organise. Cela dit, nous n'aurions pas fait mieux à l'époque.
En conclusion, nous invitons nos lecteurs à se mettre sérieusement
à la pratique s'ils ne l'ont pas déjà fait, car ils
ne sont pas certains de renaître à une époque ou à
un endroit qui leur permette de pratiquer le dharma s'ils manquent l'opportunité
offerte par cette existence. Certes, nous sommes en plein Kali-yuga, il
n'empêche que les enseignements sont disponibles et qu'il existe
encore des maîtres.
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