Une divine surprise : la rencontre de SWAMI ATMACHAITHANYA, Saint et thaumaturge
(Lotuslaan 20, 3191 Hever – Schiplaken, 25 au 27 Mai 2009)


1. Chronique de PlineJunior

C’est avec une certaine nonchalance que je me suis rendu en Belgique, près de Bruxelles, en prenant le train gare du Nord après une journée de cours de musique déjà consistante. Pas le temps de traîner pendant la correspondance, ni d’épiloguer à la recherche du billet manquant. Car le train n’attendra pas, et pour rien au monde je ne raterai le nouveau darshan qui s’annonce ! Deux mondes vont se rejoindre de façon inédite et surprenante : la vie quotidienne et professionnelle, résultat du karma passé, et les promesses de la pratique future se condensent dans un présent imprévu. Le dialogue avec le chauffeur de taxi qui nous conduit à la jolie villa des généreuses personnes qui prêtent leur maison pour nous accueillir avec le swami a déjà pris une tournure surprenante. En effet, au lieu des banalités qui s’échangent habituellement dans ce genre de circonstances, la conversation s’est naturellement portée sur l’incroyable orage qui a eu lieu pendant la nuit. Pendant de très longs moments, le ciel a été zébré d’éclairs ininterrompus qui ont déchiré et illuminé la nuit dans un tableau hallucinant, alors qu’un lourd bourdonnement retentissait simultanément. Un combat de titans semblait se dérouler devant les spectateurs pris comme témoins entre des forces déchaînées et probablement hors de contrôle. Dans cette ambiance électrique, au propre comme au figuré, une photo de la météo nationale – selon les dire de notre chauffeur - a révélé un phénomène bien étrange : les nuages dessinaient une Main mystérieuse, comme si un doigt vengeur voulait s’abattre sur la terre, mais retenu dans son intention première par une force miséricordieuse et occulte. Quelle part a pu bien jouer notre Swami dans cette joute céleste ? Peut-être tenait-il les premiers rôles, ou alors il se tenait-il en retrait dans les coulisses et contemplait ce spectacle comme le Témoin immobile de cette fantasmagorie ? Nous n’en saurons rien, faute de lui avoir demandé. Mais aurait-il dit la vérité ?  

Enfin nous arrivons dans une la rue au nom prédestiné, bordée de propriétés huppées dans un cadre verdoyant et tranquille, à l’abri de l’agitation urbaine : Lotuslaan. J'entre dans une jolie maison, et après avoir salué mes compagnons de darshan qui étaient déjà là depuis la veille, la surprise divine inattendue se produit : en quelques mots, le Maître éradique des doutes subtils et tentaculaires encore greffés dans le mental. "Nice to meet you".

Quatre mots très simple qui vont s’instiller dans le mental, faire leur œuvre purificatrice et avoir des répercussions insoupçonnées. Non point comme si le maître attendait le disciple pour un moment spécial – il faut arrêter de rêver et de se faire des films -, mais justement parce le Maître se comporte avec naturel et grâce sans raisons spéciales. L’incroyable se produit : il me demande si j’ai mangé et me sert lui-même la nourriture qu’il a confectionnée dans la journée : une bonne pitance indienne un peu relevée à base de riz, de légumes variés et de sauce. Le Maître sert gratuitement l’inconnu. Il y a quelques heures à peine, j’étais encore sur mon lieu de travail dans un tout autre environnement, et en un temps très bref une connexion s’est produite entre deux réalités qui paraissaient inconciliables, montrant le caractère factice des barrières de l’espace et du temps. Mon amie présente m’avertit : lorsque je passerai au darshan qui se passe ici même dans le salon, le swami me demandera sans doute comment il peut m’aider. Me voilà dans de beaux draps et désemparé par la perspective de devoir répondre à une aussi simple question. Pourquoi suis-je venu en fin de compte ? Qu’est-ce que j’espère obtenir ?
 
Mais plus de temps pour les cogitations intempestives ! L’heure du darshan a sonné. Le Maître attend. En effet, aussi surprenant que cela puisse paraître et pour notre bonheur personnel, la visite de cet être visiblement réalisé n’a pas attiré grand monde. Du coup, à cette heure-ci, (19 heures) tout le monde est déjà passé, à part moi. Je m’avance en tremblant devant le fauteuil et me mets à genou, quand survient effectivement la question fatidique qui me paralyse d’effroi et laisse place à un blanc. Je n’ai rien trouvé de pertinent à répondre, sachant que les motifs purement égoïstes ne valent pas grand chose et sont peu prisés par les grandes âmes. Il comprend mon désarroi et commence le darshan en me saisissant les mains et en me soufflant dans les cheveux, comme pour dégager les masses d’impureté agglutinées. Comme nous avons eu l’occasion de l’expliquer, (Cf. notre article Le darshan bien tempéré) chaque Maître a une façon bien à lui de donner son darshan, et celui-là est vraiment très spécial. Après avoir transmis son influx mystique, radiographié avec bienveillance l’âme et le corps, il me souffle dans l’oreille à plusieurs reprises. Puis, il me regarde droit dans les yeux avant de demander de me mettre sur les genoux, pour souffler à nouveau dans des oreilles rafraîchies. Aurai-je ainsi le privilège d’accéder un jour à l’audition mystique du Verbe intérieur qui remplace avantageusement toutes les musiques externes ?

Le darshan prend fin et j’essaye d’esquisser un salut respectueux avant de me retirer sur le canapé. Je médite un peu, puis vais traîner du côté du stand de livres en provenance de l’ashram. Dans cette atmosphère détendue et familiale, on peut d’adresser librement au Maître. Le swami attire mon attention sur un ouvrage, recueil de pensées spirituelles qu’il a écrit à l’âge de 11 ans ! La valeur n’attend donc pas le nombre des années et il me confirme que cette précocité provient d’austères entraînements dans les vies passées. Comme il se fait tard, nous sommes raccompagnés gentiment par la maîtresse de maison jusqu’à notre hôtel, à qui nous expliquons combien nous avons été surpris de nous retrouver en comité restreint. Nous pensions rencontrer des foules géantes comme chez Amma, et nous nous sommes retrouvés nez-à-nez en tout petit comité, pour notre plus grande satisfaction. Je prends possession de ma chambre qui donne par un heureux hasard directement face à l’église et son imposante façade juste devant ma fenêtre. La question du jour donne lieu à un satsang, selon nos propres rituels, après une petite promenade à travers les façades pittoresques et si caractéristiques des maisons flamandes. J’avoue mon impuissance à y avoir répondu, ayant éliminé les problèmes de santé. Un petit stratagème permet de réorienter la question : si nous étions à la place du swami, que souhaiterions-nous entendre ? Comme il est clair que les questions égoïstes et strictement matérielles sont hors de propos, il reste l’intention fondamentale : se tourner vers le divin. Mais où réside précisément la dimension altruiste, sans pour autant s’enfoncer dans des desseins trop restreints ou trop ambitieux ? Il paraît un peu présomptueux de vouloir aider tout de suite les êtres, à notre médiocre niveau et dans notre piteux état, mais une solution aussi simple que décisive s’offre à nous : il suffit de les aimer. Le plus abstrait rejoint alors le plus concret. Le swami peut nous aider en levant les blocages qui entravent la réalisation de cette intention altruiste motrice. Il nous aide à aimer les êtres tels qu’ils sont et non tels que nous voudrions qu’ils fussent. Epuisé par des pensées aussi élevées, je ne fais pas long feu dans mon lit et je m’abîme dans un sommeil un peu ténébreux. Le swami a certes infléchi le cours négatif des pensées, mais il en faudra un peu plus pour maîtriser la claire lumière du sommeil...
 

Le lendemain, la journée commence par la visite de l’église. Un étrange monticule de fleurs orne une statue de vierge à l’enfant qui doit servir à processionner à travers les rues. Ensuite, taxi jusqu’à la rue du lotus et en avant pour une nouvelle série de darshans. Nous pouvons observer comment le Maître opère. En véritable thaumaturge, il trace des mudras autour du corps des gens et se livre à toutes sorte de passes mystérieuses qu’on serait bien en peine d’essayer de reproduire ni même de comprendre, et il donne certaines indications précises avant d’abandonner chacun à son sort. Il faut dire qu’il a plus d’un tour dans son sac. Il pratique entre autres choses visibles la médecine ayurvédique, l’homéopathie et l’art d’extraire directement les poisons dans le corps. Notre tour vient. Un réflexe hérité des darshans d’Amma de la saison précédente me conduit à me pencher à la place de prendre les mains. Du coup, j’ai le droit à une étreinte affectueuse avec en prime le désormais célèbre soufflement dans l’oreille droite. Mais surtout, une nouvelle surprise m’attend ; il prononce et transmet un nouveau mantra ! O stupeur et tremblement ! Nouvel objet de mon consentement !

Me voilà donc avec une nouvelle pratique sur les bras, mais avec la confiance de sa pertinence, car l’initiative n’avait rien de personnelle, contrairement à d’autres qui se sont soldées par rien de bien conséquent. Sans doute n’ai-je pas suffisamment respecté mes engagements jusqu’à présent, ni pratiqué avec une réelle efficacité, de telle sorte que des pratiques nouvelles s’amoncellent dangereusement un peu plus dans la banque spirituelle. Après la fin des darshans, le repas est servi par le noble et fidèle disciple du swami, qui paraît profiter d’une si inspirante compagnie. Mon féroce appétit n’a pas échappé à son œil de lynx, et il m’encourage à me reservir sans rechigner à ce prasad. Puis, petite promenade digestive qui nous fait aller à la rencontre de singuliers phénomènes : les émeus qui s’ébattent dans un pré voisin.

En fin d’après-midi, la séance reprend avec la méditation kriya-kundalini, vigoureuse et rythmée. Nous scandons en groupe des mantras immémoriaux, sous la guidance sûre de l’expert qui stimule notre énergie. Enfin tout s’apaise et il ne reste plus qu’à partager un dernier repas, servi avec chaleur par notre swami. Servis par lui à notre arrivée, nous le sommes à nouveau à notre départ. Pour certains, la vie et les principes expriment une unité et une harmonie parfaites. Ils peuvent ainsi servir d’exemples à tous sans crainte ni doutes superflus.


Chronique de Sherlock

Après notre retour de chez Swami Ajay, après lequel je m'étais promis de prendre un repos bien mérité, mon amie Protée m'informe d'une nouvelle opportunité, la viste de Swami Atmachaithanya, en Belgique. Après consultation des photos, l'évidence s'impose : la course aux swamis continue...

Le lundi suivant, nous prenons donc le Thalys jusqu'à Bruxelles, et de là, un taxi pour Hever. Mauvaise surprise, les taxis belges sont extrêmement chers, il nous en coûtera 87 euros pour 35km. Une fois sur place, nous découvrons que les autochtones parlent tous une langue étrange, le flamand, qui semble un mixte d'allemand, d'anglais, et probablement de hollandais. Nous pensions trouver des panneaux dans le village, comme pour Amma, indiquant le lieu de réunion, et après avoir erré pendant un moment, nous appelons l'organisatrice. Apparemment, nous sommes vraiment tout près, il suffit de tourner à droite, à gauche, à droite, à droite, à gauche, à gauche. Après que mon compagnon se soit proposé de nous égarer en prenant le premier petit chemin à droite, je décide d'entrer dans une pharmacie pour en savoir plus. Bien m'en a pris, c'était dans la direction opposée. Et pas près du tout, environ 2 kilomètres. En fait, c'était tout près en voiture, car ici, personne n'est à pied. En chemin, nous rencontrons des émeus parqués dans un grand clos, d'où s'élèvent également d'étranges bruits de tam-tam. Mais ce ne sont pas des aborigènes dissimulés qui produisent ces sons, quand les oiseaux s'approchent nous découvrons que ce bruit provient d'une sorte de poche cachée sous les plumes et qu'il s'agit d'une forme de communication. Ils semblent très intéressés par nos personnes, ou plus exactement par la miche de pain que nous avons achetée dans la boulangerie du village. Cela dit, ils me semblent un peu trop voraces, et je ne me risque certainement pas à essayer de les nourrir à la main. Déjà l'un d'entre eux tend son cou au-dessus de la clôture pour essayer de m'attraper, il est plus grand que moi !

Dix minutes plus tard, nous arrivons enfin devant une charmante villa, et quand nous entrons, nous découvrons une assemblée de 25 personnes, installées aux pieds du swami, ou sur des chaises et des canapés. Rapidement, le darshan commence, et je constate avec angoisse que le swami pose à tous la même question "how can I help you ?". Comment diable vais-je m'en sortir ? Je ne peux raisonnablement pas lui demander de soigner mes ennuis de santé, qui sont peut-être des bénédictions du ciel, en tous cas des karmas dont il y a certainement quelque chose à apprendre, je n'ai pas non plus de questions concernant la pratique, à part des détails vraiment compliqués concernant l'empilement des gouttes dans le canal central et les claires lumières isolées... Heureusement, l'inspiration me vient rapidement, il me suffit de lui demander de m'aider à aimer tous les êtres. Logiquement parlant, c'est la même chose que de demander à être débarrassé de son karma, sauf que la première formulation vient de notre part divine, et que l'autre formulation provient de notre part égotique. Il s'agit de la même médaille, vue sous l'angle de la fermeture ou de l'ouverture. Dans la mesure où l'aide du gourou ne peut s'effectuer que par le biais de notre ouverture, le secret de l'affaire consiste simplement à avoir réalisé réellement l'équivalence des deux propositions.
En effet, on peut dire que ce qui bloque la Shakti, ce sont des noeuds énergétiques, mais ces noeuds eux-mêmes sont la conséquence de notre égoïsme fondamental et de notre manque d'amour. Cela signifie que si nous voulons que le gourou nous débarrasse de notre karma pour notre bien propre, nous ne lui laissons aucune possibilité d'action, puisque nous sommes en train de nous accrocher au noeud karmique que nous lui demandons de défaire. Inversement, si nous nous situons au niveau de notre part divine et que nous formulons notre demande à partir d'elle, il y a une possibilité.


Supercellule orageuse très active
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Au moment du darshan, je note que, bien que je n'aie pas demandé de mantra, et que je n'en aie pas reçu, je reçois le même traitement que ceux qui ont demandé un mantra. Et au vu de l'effet, il ne fait aucun doute que je me trouve devant un véritable gourou. Y compris les effets secondaires. A peine retournée sur ma chaise, se déclenche un mal de tête assez notable, quoique supportable, qui m'accompagnera toute la soirée. Suit un abishekam, quelques bhajans, et c'est l'heure du repas. Un indien qui semble baigner dans une félicité divine nous sert un bon repas préparé par le Swami, et nous rentrons à l'hôtel. Nous avons une chambre qui donne sur une charmante terrasse pleine de fleurs. Mais je n'en profiterai guère. Une heure plus tard, tandis que mon ami fait son yoga, je suis clouée dans mon lit à l'article de la mort, avec un mal de tête surnaturel, accompagné d'une sorte d'indigestion. J'ai les cachets d'Advil dans la main, mais pas la force d'aller jusqu'au lavabo. Je me dis que si ça continue comme ça, je vais mourir dans la nuit. Heureusement, au bout d'une heure, ça se calme, et je sombre dans une sorte de demi-sommeil, au cours duquel j'entends des bruits étranges accompagnés de bizarres lueurs. Au bout d'un moment, retrouvant une certaine luciditét, je m'avise que ces étranges phénomènes sont produits par un incroyable orage. Comme de bien entendu un certain mécréant a laissé la fenêtre ouverte, la chambre est en train d'être inondée. Et tandis que le ciel est blanc d'éclairs, que des trombes d'eau balaient la place à 50 mètres et qu'un torrent tombe du toit d'à côté, je n'arrive toujours pas à fermer la fenêtre, comme dans un mauvais rêve. Je réveille le responsable et nous observons tous deux la bataille des asuras. Je compte en moyenne 3 éclairs à la seconde, cela dit je note un phénomène étrange, notre terrasse semble très peu touchée par la pluie, alors qu'il tombe des cordes à quelques mètres. Le lendemain, nous trouverons d'ailleurs que toutes les fleurs sont intactes. Renseignement pris, il s'agissait d'un orage supercellulaire qui a balayé la France et la Belgique, accompagné de pluie torrentielles, de vents de 100km/h et même de tornades.

Le lendemain, lorsque nous arrivons à Lotuslaan, nous n'en croyons pas nos yeux. Il n'y a que 5 ou 7 personnes dans la maison. Autrement dit, nous passons immédiatement au darshan. Heureusement, j'avais préparé ma nouvelle question à l'avance, une variante de la première. "Aimer les autres" a été remplacé par "faire la volonté de Dieu". L'effet est différent de la veille, cette fois il inclut la goutte rouge et j'ai très chaud tout à coup, mais absolument rien d'émotionnel.
En revanche, je suis devenue allergique à la nourriture du Swami. Le souvenir de "l'indigestion" de la veille est trop vivace. Je finirai par prendre quelques légumes malgré tout. D'ailleurs notre ami Plinejunior vient d'arriver, et je l'avertis de l'épreuve qui l'attend, ainsi que de la possibilité de pouvoir se remplir la panse préalablement. Son darshan est original.

Ensuite on nous raccompagne et nous allons faire un tour à Mechelen, la promenade donnant lieu à un petit satsang.

Le lendemain, il y a un peu plus de gens, une vingtaine de personnes. Cette fois-ci, le darshan dure plus longtemps que les autres jours, peut-être 2 ou 3 minutes, et j'ai inventé une nouvelle variante de ma question : "développer la devotion et la compassion". Bien qu'il existât peut-être la possibilité de me défaire d'un problème de dos qui est un obstacle sérieux à la pratique, du moins quand il s'agit de yoga ou de prosternations. Mais après avoir dûment réfléchi, j'ai conclu que de toutes façons, la source de tous les problèmes est l'illusion du samsara, pas le mal de dos. Cette fois-ci le Swami me regarde dans les yeux pendant une bonne minute après avoir effectué des opérations mystiques au-dessus de ma tête, et me demande si j'ai senti quelque chose, ensuite il me dit ce qu'il a fait, qui correspond à mon impression. Puis il me donne une banane verte, détail qui n'est pas sans importance.

L'après-midi, nous avons droit à une transmission de kriya-kundalini yoga. Ensuite, nous mangeons encore un peu de prasad, et nous rentrons à Paris.

En ce qui me concerne, l'aventure ne s'arrête pas là. A deux heures du matin, je réussis à me coincer un doigt dans une porte et je dois passer la nuit dans le pot de gel G5. Le lendemain, ce n'est plus qu'un mauvais souvenir, mais j'ai le malheur de manger la banane de la veille juste avant de partir pour chez le dentiste. Le chemin a été difficile...

Heureusement, la chute de karma s'est arrêtée là et tout est rentré dans l'ordre. En revanche, je constate avoir l'esprit bien plus clair en ce qui concerne l'intrication des pensées, des intentions, des canaux, et du karma. Il me semble évident que tous les défauts de canaux ou problèmes physiques sont le fruit d'intentions/pensées spécifiques, et que si nous pouvions les identifier, alors nous pourrions redresser ce qui est tordu. C'est en fait à chaque instant que nous nous encrassons avec diverses pensées et attitudes, mais en fait ce n'est pas obligatoire. A partir du moment où nous prenons conscience du processus, nous pouvons choisir de l'arrêter. Tout ce que cela nécessite, c'est une vue claire de ce qui se passe.


3. Chronique de Protée

Aujourd'hui est une bonne journée me dis-je en me réveillant ce lundi, après un passionnant week-end de travail assis derrière une réception à essayer d'être doux avec les gens qui ont tendance à être choqués par les manières de ceux qui les traitent comme des robots. En plus, détail qui aura son importance, aujourd'hui, je me sens très bien, clair, vaste et détendu.
Une semaine auparavant, j'ai fait un rêve d'Amma me chuchotant un mot sanskrit à l'oreille que je n'avais jamais entendu commençant par " Atma ". En méditant le matin, le rêve m'était revenu, et avec lui le souvenir que Swami Atmachaithanya allait bientôt passer à Bruxelle. Décision fut prise et finances furent trouvées…

Ce matin donc, alors que je me rends à la gare, je croise dans le métro une jolie jeune fille dont le charme tient plus à l'état des canaux, qu'à tout autre détail moins pur. Chez elle, ils ressemblent à ceux d'un jeune enfant, et ses yeux semblant ne rien saisir, sont empli d'une lueur nostalgique et vivante.
Comme l'idée m'en était venue en la voyant, elle va aussi à la gare, et je la vois qui va à l'ombre du tableau d'affichage dans la vaste Gare du Nord, toute encombrée de Soleil et de petits bonhommes humains. Hasard du karma je serais dans le même wagon qu'elle a quelques place de distance, mais le sort toujours poétique aura garde de nous placer côte à côte. Le charme impermanent en eut été brisé.
Le train s'affiche et j'y vais. Je patiente quelque minute en attendant mon amie Flopinette qui dois venir, mais dont je commence à craindre l'absence à mesure que les minutes passent. Puis je décide de monter dans le train sans l'attendre sur le quai. Je m'avance donc pour trouver mon wagon, et là 3 policiers m'accostent résolument et me demandent mes papiers. Je réponds candidement tandis qu'ils examinent mon passeport, mon manteau incongru par ce temps, mon sac à dos et que je subis une fouille au corps qui me fait me contorsionner et témoigne que mon canal masculin se porte bien.
Finalement d'une voix où perce la déception, j'apprends que je peux repartir.
Heureusement pour moi, ils n'ont pas trouvé mon petit paquet de poudre blanche, en l'occurrence de la Vibhûti de Sri Premananda, sans quoi le voyage eût été de courte durée, mais les Dieux invisibles veillent. Ainsi que le dit Saï Baba, tant de fois nous sommes aidés et sauvés des dangers, et la plupart du temps sans même le savoir.
Mon amie me rejoint finalement dans le train et m'instruit du flot de sa technique sagesse pendant une bonne partie du voyage.
Nous arrivons à Bruxelles et prenons un taxi qui nous conduira au Swami, sujet de notre aspiration. Alors que nous discutons et que je raconte à mon amie mes rêves de la nuit, et qu'elle me dit que je risque de finir fanatique de Saï Baba, une belle voiture se place devant la notre, qui nous salue d'un autocollant sur le pare-brise arrière " Om Sai Ram ". Le conducteur, qui a eu soin d'immatriculer sa jaguar SAI-001 a tous les traits d'une victime du cosmique Avatar qui sévit en Inde... et qui semble impitoyablement convertir les riches pour donner aux pauvres tel un Robin des Bois omnipotent et peu scrupuleux en miracles quand il s'agit du bien des être.

Puis nous arrivons au bourg, payons le taxi dont le tarif exorbitant surtout pour mes finances est soulagé par la générosité de ma compagne, et commençons à chercher notre chemin. Une première fois égarés par mon plan elle nous remet dans le droit chemin, et après plusieurs rectifications successives à travers un village à la Hercule Poirot, que l'on devine mystérieusement chargé de calculs humains et de poisons de l'esprit à travers ses allées soignées, nous arrivons à Lotuslaan, accueillis par notre hôtesse tout de blanc vêtue sur le seuil, parfaite inconnue qui nous parle sans barrière de la formalité et nous tutoie d'emblée, car c'est ainsi que le français se parle au pays des flamands.
Nous nous asseyons bien vite et peu après commençe le Satsang auquel nous ne comprenons pas grand-chose. Peu importe, car le processus à déjà commencé, et je suis assailli d'émotion. Il me semble en effet qu'une force invisible prends pitié de mon état que j'ignorais misérable et sépare mes canaux les uns des autres, leur donnant l'espace requis pour leur insuffler la bénédiction de la vie. Arrivent les Darshans qui mettent face au Swami qui tel le Kalpataru, l'arbre qui exauce tous les souhaits semble capable de donner à chacun une part de lui-même, pour peu que l'aspiration soit présente. Un parfum de lavande flotte dans l'air.
" Nice to meet you, how can I help you ? ".
Vite passé le Darshan laisse place à la Shiva Puja ou chacun doit prier pour les êtres tandis que Swami Atmachaithanya accompli le rite à sa façon.
Comme toujour,s ce qui est bien avec les Darshans, c'est que l'idée que l'on s'en est forgée est fausse, et l'impression limité que le mental à crée à partir de quelques photos glanées sur internet et de récits n'à rien à voir avec la réalité. Celui qui veut expérimenter les Darshans ne peut faire l'économie de l'expérience, ici plus encore qu'ailleurs.
Puis le départ arrive et nous voilà repartis pour l'hôtel grâce à un couple de belges qui partagent le même intérêt pour les personnes divines, et nous parlent d'Amma. L'hôtel est trouvé comme par miracle et nous prenons place dans la chambre qui nous a été impartie, dont la terrasse immense et ouverte sur le ciel m'appelle au Yoga.
Pendant ma séance j'entends Flopinette émettre des soupirs, que je crois de colère pour une raison qui m'échappe. Alors que je rentre à l'intérieur la séance terminée et que je m'apprête à me coucher, elle m'apprends d'une voix riante d'impermanence que ces soupirs de colère étaient en fait des râles d'agonie. Je propose mon aide, mais si l'heure avait sonné, qui aurait pu la retarder ? Heureusement l'heure n'est pas pas encore venue pour elle et le pire semble passé.
Je capture quelque bêtes assoiffées de sang qui zonzonnent dans la chambre et les relâche, compassion qui sera récompensée par un duel avec un moustique contre lequel, écrasé par le noir et les affres d'un demi-sommeil je ne pourrais rien.
Alors que j'erre confusément dans le bardo du sommeil, Flopinette à qui la nuit a redonné des forces a été réveillé par les éclairs de l'orage qui dehors tourmentent l'empyrée. L'image semble audacieuse, mais le tonnerre lointain et les éclairs stroboscopiques en partie voilés par les nuages donnent l'impression qu'un spectacle ou s'affrontent la compassion et la puissance se joue dans les coulisses de notre sécurité, pendant que dorment les mortels inconscient de leur sort. Dans les cieux là-haut, le chevalier blanc lutte seul contre les forces asuriques.

Le lendemain nous y retournons. Aujourd'hui j'ai préparé une question, mais cette fois le Swami ne me demandera rien lors du Darshan. Sans doute a-t-il su qu'elle n'eût pas été sincère.
Un peu plus tard je demanderai une bénédiction du Swami pour quelqu'un d'autre que moi et je sentirai à ce moment là la demande comme bien meilleure que celle que j'aurais eu envie de formuler le matin et les bénédictions plus présentes. J'aurai d'ailleurs l'occasion de constater en rentrant à Paris que la bénédiction promise par le Swami a bien été transmise.
Lors d'un autre Darshan, j'ai dû selon son instruction faisant suite à ma demande, regarder profondément dans les yeux le Swami, mais je n'ai d'abord aperçu que mon image reflétée dans ses yeux avant de finir par distinguer autre chose que moi. Cet enseignement impromptu en dit long sur le chemin qui reste à accomplir. Même en présence de la fenêtre sur l'infini qu'est le maître, l'égo ne sait voir que lui-même…

Swami Atmachaithanya semble une incarnation de l'indépendance. De sa présence, il anima ces trois jours aux niveaux physique mental, spirituel et même musical, partageant avec les autres quelques fruits de sa pratique afin d'en donner le goût aux être n'ayant pas comme lui accumulé un trésor de mérites, d'efforts et de déploiement interne de l'intelligence.

Répandus à travers la grâce du guru, les fruit du divins sont d'une fragrance sans pareille, heureux celui qui saura s'y intéresser !